Mon cœur est une tronçonneuse, horreur dans l’Idaho

L’Amérique produit (encore) de bons romanciers

Écrivain américain d’origine indienne, Stephen Graham Jones s’est fait connaître avec Galeux (La Volte, 2020) et Un bon indien est un indien mort (Rivages, 2022), roman absolument prodigieux qui nous a personnellement ravi. Mon cœur est une tronçonneuse a eu le même succès critique que ce dernier en recevant les prix Bram Stoker et Shirley Jackson. Disons qu’on le commence les yeux grands ouverts.

Une ballade sur le lac qui tourne mal

« D’après la carte à présent bien froissée qu’ils ont consultée en traversant tous ces états américains, ils sont arrivés à Proofrock, dans l’Idaho. L’étendue d’eau sombre devant eux est Indian Lake, un lac qui semble s’étirer jusqu’au bout de la nuit. »

Tout commence avec des néerlandais en goguette, en train de prendre du bon temps sur Indian Lake quand quelque chose se passe. On retrouve seulement le cadavre d’un des touristes, ce qui n’étonne pas Jade Daniels. Adolescente solitaire, à moitié indienne, en conflit avec son père qu’elle déteste, Jade est une fanatique de slashers, ces films d’horreur des années soixante-dix dont la mode a été lancée avec le film Halloween de John Carpenter. Très intelligente malgré ses absences et son côté perturbé, elle a le soutien de son professeur, Holmes. Pour compléter les notes de son diplôme de fin d’études, elle doit lui faire des devoirs sur le genre du slasher (c’est un grand prof’ qui, pour faire progresser son élève, décide de se mettre à sa portée). Mais Jade perçoit que de gros drames menacent Proofrock, elle se croit plongée dans un énorme slasher. Sauf que la réalité commence à rattraper la fiction. Letha, la « fille finale », comme elle l’appelle, l’aidera-t-elle à survivre ?

Un roman touffu

Mon cœur est une tronçonneuse est un roman au carrefour de plusieurs jours. D’abord le thriller, car il y a de l’effroi au fur et à mesure que la tension monte. Ensuite, un roman noir, avec la peinture de la petite ville, de ses riches qui viennent s’y installer dans leurs appartements « à part » (Letha est la fille de l’un d’entre eux, chut). Enfin, c’est le roman d’une jeune femme perturbée, avec un passé plein de secrets, à cheval entre deux cultures et passionnée donc par le slasher (il y a beaucoup de références disséminées ici et là, notamment à Halloween donc mais aussi à Vendredi 13 ou Les griffes de la nuit). Au final, c’est un peu touffu. Certains passages sont excellents, d’autres confus. D’où une impression mitigée de Mon cœur est une tronçonneuse. Attendons la suite de l’œuvre de Stephen Graham Jones.

Sylvain Bonnet

Stephen Graham Jones, Mon cœur est une tronçonneuse, traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau, Rivages, octobre 2023, 480 pages, 24 euros

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