Albatros, intrigues dans le Paris de 1930

Thomas Rio s’est fait une place dans l’industrie du spectacle en tant que scénariste et réalisateur, notamment pour les séries Cœurs noirs et le Bureau des légendes. Albatros est son premier roman, publié à la Série noire, donc on est curieux…

Cinéma et espionnage

« Prends-en deux et sois sage. »

Le rituel était immuable. Sa mère lui tendait les deux pastilles à l’anis et refermait la porte. Elle avait découvert la passion de Shloïmè pour ces bonbons un jour au cinéma et réservait depuis leur usage à ces visites hebdomadaires. « Prends-en deux et sois sage, » En russe.

Jamais ailleurs elle ne parlait russe. »

Shloïmè Tauber a grandi en entendant sa mère lui dire qu’il était le fils caché d’un prince russe, lui qui n’est qu’un petit juif. Devenu ingénieur du son, il travaille aux studios du cinéma Albatros, croisant beaucoup de russes blancs, de comtesses, d’acteurs. Et puis il s’est amouraché de la fille d’un réalisateur, Masha. Mais Paris en 1930 est une ville où tout peut arriver. Le général Koutiepov, chef d’un parti russe blanc, vient d’être enlevé, vraisemblablement par les bolcheviks. Le commissaire Faux-Pas Bidet est chargé de l’enquête et la piste remonte à l’Albatros : il fait de Shloïmè son informateur son espion. Mais est-il fiable ? La pression politique est forte pour retrouver Koutepiov tandis que le cinéma, lui, se convertit au parlant. Dur pour la Gontcheva, une star du muet dont Faux-Pas Bidet est amoureux…

Un roman touffu

Difficile de résumer Albatros, roman policier foisonnant. On sent bien sûr la passion de l’auteur pour le cinéma et on savoure tous les passages consacrés à ce milieu et à ses gens. Albatros a aussi le mérite d’attirer l’attention du lecteur contemporain sur ces russes blancs, aujourd’hui oubliés, nombreux dans le Paris de l’entre-deux-guerres, y compris comme ouvriers dans les usines Renault. Mais voilà ce roman est complexe, touffu. On a du mal à s’y retrouver et c’est dommage car la fin rebat les cartes et intéresse. A essayer.

Sylvain Bonnet

Thomas Rio, Albatros, Gallimard « Série noire », février 2026, pages, 23 euros

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