Apaiser Hitler, la grande tragédie

Raconter une erreur historique

Diplômé d’Oxford et historien britannique, Tim Bouverie est surtout connu pour avoir écrit des documentaires historiques pour la BBC. Apaiser Hitler constitue sa première publication et vient d’être traduit par les éditions Flammarion. Son sujet, comme son titre l’indique, est de proposer une histoire de la fameuse politique d’apaisement menée par les démocraties en général et les anglais en particulier face à Hitler et ses desseins expansionnistes.

Origines d’un échec désastreux

Tim Bouverie raconte ici minutieusement les tractations des anglais, leurs calculs pour ramener Hitler à la raison. Et pourquoi au fait ? Après avoir été sur une position assez dure lors des négociations de Versailles, les gouvernements anglais des années 20 et 30 ont adopté une ligne beaucoup plus conciliante envers la république de Weimar. Et ils critiquent l’ancien allié français, accusé de vouloir asseoir son hégémonie sur le continent européen. Toujours est-il que les anglais estiment que l’Allemagne a souffert du traité de Versailles et mérite aussi des « réparations » si l’on peut dire. À cela s’ajoute un pacifisme né du traumatisme de l’hécatombe de la Grande guerre. Et les ingrédients du désastre sont en place…

L’homme au parapluie

On ne peut réduire la politique d’apaisement à un seul homme. Elle est soutenue par des hommes aussi différents que Stanley Baldwin ou Ramsey MacDonald. Et même des futurs collaborateurs de Churchill comme Anthony Eden n’y sont pas insensibles. Reste que Neville Chamberlain est le symbole des errements de ces années-là.

Bon politicien, fils d’un ancien premier ministre (Joseph Chamberlain) et demi-frère de l’ancien secrétaire d’état aux affaires étrangères (Austen Chamberlain, loin de partager sa politique conciliante envers le IIIe Reich), Chamberlain réussit assez bien comme ministre des finances. Parvenu au 10, Downing Street, il a la malchance de faire face à Hitler. Dépourvu de compétences en politique étrangère, persuadé que son expérience comme lord maire de Birmingham est suffisante pour négocier, il rate chaque rencontre avec le dirigeant nazi, faute de préparation.

Pire que cela, il y arrive à chaque fois décidé à le contenter. L’Autriche ? Les Sudètes ? L’« homme au parapluie » — c’est ainsi que les médias de l’époque le surnomment parfois — estime que l’Allemagne est dans ses droits, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Très perturbé par les violences de la nuit de cristal (comme toute l’opinion britannique), seule l’invasion de la Bohême lui dessille les yeux. Et encore… Tard dans l’été 1939, il croit encore possible une médiation de Mussolini. On a envie d’en rire car on connaît la fin de l’histoire, sans compter le mépris d’Hitler à son endroit.

Honnête homme, Chamberlain n’était pas fait pour affronter ces crises. Mais lui et ses partisans ont participé à une tragédie qui amené Munich et la Seconde Guerre Mondiale…

Voici une très bonne synthèse écrite avec acuité et clarté.

Sylvain Bonnet

Tim Bouverie, Apaiser Hitler, traduit de l’anglais par Séverine Weiss, Flammarion, « au fil de l’histoire », janvier 2020, 672 pages, 29 eur

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