Adieu à Pierre Bordage

2026 commence sans Pierre Bordage, décédé le 26 décembre 2025. Dire de lui qu’il était un des plus grands auteurs de science-fiction en France est une évidence. Avec Les guerriers du silence, grand prix de l’imaginaire en 1994 et vendu à plus de 50 000 exemplaires, il avait beaucoup fait pour redynamiser un genre moribond, un peu perdu dans l’expérimentation littéraire des années 1980. Avec Bordage, ce fut le retour du space opera (où les héros voyagent dans l’espace grâce à la pensée !), tendance humaniste, avec en prime une critique sévère des religions (le parcours de l’auteur, passionnée par les spiritualités, peut l’expliquer) et aussi une réflexion sur l’altérité, sans compter une superbe histoire d’amour. Car le grand Pierre ne s’en cachait pas, il aimait raconter des histoires d’amour. Un handicap parfois mais au moins ne le cachait-il pas.

Auteur prolifique et conteur né, Pierre Bordage est aussi connu pour Wang et sa trilogie de l’Enjomineur où il nous transportait en pleine révolution française, chef d’œuvre de la fantasy historique (un genre casse-gueule pourtant). Plus récemment, il avait donné deux très bons livres, Résonances et Les dames blanches. D’autres l’étaient moins (personne n’est parfait) mais on ne s’ennuyait jamais en lisant un roman de Bordage, il y avait toujours quelque chose qui attirait l’attention du lecteur trop souvent blasé. Parce que Pierre Bordage croyait profondément dans ce qu’il écrivait, aucun cynisme chez lui, bien au contraire. Son œuvre fit le bonheur de ses éditeurs, L’Atalante et Au diable vauvert.

Président du festival des Utopiales à Nantes de 2001 à 2011, souvent comparé à Jules Verne, Pierre Bordage était une figure très connue des fans, toujours prêt à discuter, très sympathique. Il nous manquera.

Adieu, monsieur Bordage. On vous relira avec plaisir. Et souvent.

Sylvain Bonnet

Les guerriers du silence, L’atalante « neptune », 748 pages, 12,20 euros

Wang, L’atalante, 720 pages, 28,50 euros

Résonances, J’ai lu, 544 pages, 8,90 euros

Les dames Blanches, L’atalante, 416 pages, 8,50 euros

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