Le dernier des aînés, vertige des siècles

L’observateur piégé

Personne n’escaladait la montagne au-delà du tombeau commémoratif. Les défilés escarpés ne menaient nulle part et toute progression se révélait périlleuse. A une époque lointaine, de grosses portions de la montagne s’étaient écroulées de ce côté. Selon la légende, une cité particulièrement orgueilleuse étaient ensevelie sous l’amas millénaire de ces roches détritiques, châtiée par des puissances oubliées pour ses crimes oubliés. Il ne restait plus qu’un sentier, zigzagant vers les hauteurs à travers un paysage qui rebutait les plus agiles herbivores et que la neige recouvrait durant la saison froide. Et ce n’étaient pas les seules raisons pour lesquelles nul ne s’y aventurait.

Voici Lynesse, quatrième fille, princesse de Praimesite, en route pour contacter, sans en avoir parlé à sa mère régente, un puissant sorcier, Nyrgoth car un puissant démon est apparu. Nyrgoth a autrefois Astresse, l’arrière-grand-mère de Lynesse et Lynesse estime que lui seul peut les sauver. La voilà dans la tour de Nyrgoth tandis que ce dernier s’éveille du sommeil… Cryogénique car Nyrgotht s’appelle en réalité Nyr Illim Tevitch et est un anthropologue terrien venu ici pour observer l’évolution du peuple de Lynesse, descendants de colons humains. Normalement, il est là pour observer, pas pour intervenir et a donc transgressé son serment à l’époque d’Astresse (qu’il aimait). Il commence par refuser, puis accepte, Lynesse ressemblant tellement à son ancêtre. Mais il n’est pas sûr qu’il puisse vaincre ce démon…

Une novella passionnante et pleine de questions

On connaît Adrian Tchaikovsky pour son roman Dans la toile du temps (Denoël, 2018) et aussi pour sa novella Sur la route d’Aldébaran (Le Bélial, 2021). Il aime mêler les ambiances dans ses récits, passant de la science-fiction pure à l’horreur, sans compter le thriller. Il propose avec Le dernier des aînés un récit puissant avec des échos de Star Trek avec la fameuse Prime directive censée interdire les contacts. Le personnage de Nyr interpelle, prisonnier du temps finalement. Tchaikovsky attache aussi une grande importance aux problèmes de langue, Nyr n’arrivant pas à bien se faire comprendre de Lynesse et commettant ainsi quelques impairs culturels.

Le Dernier des aînés est une preuve supplémentaire du talent de son auteur.

Sylvain Bonnet

Adrian Tchaikowsky, Le Dernier des aînés, traduit de l’anglais par Henry-Luc Planchat, Le Bélial « une heure lumière », illustration de couverture d’Aurélien Police, août 2023, 192 pages, 11,90 euros

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