Crimes contre l’humanité: les procès Barbie, Touvier et Papon
Une des meilleures historiennes de l’Occupation
Spécialiste de la seconde guerre mondiale et de l’Occupation, l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon est connue pour sa biographie remarquable de Pétain (Perrin, 2014) et on lui doit également un ouvrage sur Paul Touvier, L’affaire Touvier (Flammarion, 2016). Cela tombe bien car le procès Touvier a été un des volets du documentaire Crimes contre l’humanité, réalisé par Gabriel Le Bomin, Valérie Ranson Enguiale et Antoine de Meaux puis diffusé sur France télévision, à partir des images filmées de ces procès. Bénédicte Vergez-Chaignon est ici chargée de l’adapter en livre.
Trois hommes, trois itinéraires

Voici donc trois hommes très différents. Klaus Barbie est allemand, membre de la SS puis de la Gestapo. Paul Touvier, un milicien responsable de l’assassinat de sept juifs. Puis Maurice Papon, haut-fonctionnaire de la Préfectorale responsable de la rafle et de la déportation de centaines de personnes : un crime de bureau qui passa sous le radar et ne l’empêcha pas de continuer sa carrière et même de devenir ministre du budget de Valéry Giscard d’Estaing. Les procès de Barbie et de Touvier sont extrêmement intenses, durs pour les rescapés et leurs familles. Quant au dernier, celui de Papon, il fut plus complexe.
La complicité de l’appareil d’Etat
Ces trois procès ont aidé la société française à prendre conscience en profondeur de la réalité de l’extermination des juifs. Maurice Papon symbolise la complicité de Vichy dans ce crime : les rafles auraient été moins efficaces sans l’aide des policiers et des fonctionnaires français. Mais Papon a pu aussi aider, ponctuellement, des résistants. Personne ne l’empêche d’être pris en photo aux côtés du général de Gaulle à la Libération ou d’être ensuite préfet de police ce Paris où son rôle dans la répression de la manifestation des Algériens le 17 octobre 1961 est énorme. Il a aussi pris la place, dans ces procès, de René Bousquet, l’homme du Vel d’Hiv’, devenu banquier après-guerre et proche de François Mitterrand. En tout cas, cet ouvrage est écrit avec pédagogie et est susceptible de plaire aux spectateurs de cette série documentaire.
Sylvain Bonnet
Bénédicte Vergez-Chaignon, Crimes contre l’humanité, septembre 2025, 220 pages, 26 euros
