Les fils de Shifty, le sang appelle le sang

Un auteur qu’on suit

On a fait beaucoup de découvertes importantes grâce aux éditions Gallmeister : Chris Offut fut l’une d’elles. Les gens des collines, publié il y a deux ans, ancré à la fois dans le roman noir et l’étude d’une région, le Kentucky, s’était avéré une complète réussite. Avec Les Fils de Shifty, Chris Offut reprend le personnage de Mick Hardin, enquêteur militaire et frère du shérif de Rocksalt, utilisé dans Les gens des collines. Blessé et reclus chez sa sœur, il reprend du service…

La thérapie par l’enquête

Mick Hardin s’éveilla d’un rêve où il était étendu dans son lit d’enfant sans pouvoir bouger. Ses paupières semblaient lestées, et il se demanda s’il était déjà mort et qu’on avait posé des pièces sur ses yeux. Les pièces étaient censées maintenir les paupières fermées et rémunérer le passeur qui transportait les morts de l’autre côté du Styx. Mick resta allongé en repensant à la bombe artisanale qui l’avait envoyé dans un hôpital militaire pendant trois semaines.

Mick est en fin de convalescence chez sa sœur Linda qui, elle, est en campagne électorale pour se faire élire shérif. Toujours taciturne, il essaie de se passer d’alcool et d’antidouleurs. On retrouve le cadavre de Barney Kissick, un dealer local. Mick connaît bien sa mère Shifty avec qui il a déjà été en relation (il faut avoir lu Les gens des collines) et va la voir. Celle-ci lui demande de travailler pour elle et de trouver le meurtrier de son fils. Un peu désœuvré, Mick, qui a aussi besoin de s’occuper la tête (il doit bientôt divorcer), accepte. Il commence à fureter ici et là, comprend vite que le meurtre a été mis en scène. Puis Mason, le deuxième fils de Shifty, est assassiné à son tour. Mick n’est pas au bout se des peines… Et il ne trouvera de l’aide que dans la personne du troisième fils de Shifty, Raymond, militaire comme lui et qui veut protéger sa mère et venger ses frères.

Un roman noir qui donne espoir

Les fils de Shifty se passe dans une Amérique rurale dont on ignore à peu près tout en Europe. La description qu’en donne Chris Offut est parfois un peu folklorique mais jamais irrespectueuse. L’intrigue est plutôt réussie, dévoilant aussi que c’est le capitalisme débridé qui détruit l’Amérique (je ne spoilerai pas plus). C’est surtout par ses personnages que Chris Offut émeut le lecteur. Taciturne, Mick est un être blessé, parfois balloté, mais qui ne se laisse pas aller. Il essaie de faire ce qu’il croit juste, ce qui n’exclut pas ses erreurs ou la violence. C’est patent dans ses rapports avec sa sœur ou la famille Kissick. Les fils de Shifty est un roman passionnant

Sylvain Bonnet

Chris Offutt, Les fils de Shifty, traduit de l’anglais par Anatole Pons-Reumaux, Gallmeister, janvier 2024, 288 pages, 23,50 euros

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