L’Homme qui crie, polar et histoire de l’art par Christian Grenier

L’immense tableau d’Edward Munch, Le Cri, montre un homme qui crie. Dans le roman de Christian Grenier, L’Homme qui crie est un tableau attribué à Pablo Picasso. L’apparition de cette toile va semer la discorde, et bien plus, dans une famille si tranquille…

L’art du crime

A la manière de la série tv à succès L’Art du crime, on retrouve dans L’Homme qui crie le duo improbable composé d’une experte en art (Milie) et d’un enquêteur de police (Jeff). Ils ne se sont pas vus depuis une vingtaine d’année, mais cela n’empêche pas Jeff de poser illico des congés et de sauter dans le premier train pour Bordeaux afin de retrouver son ancienne petite amie et de l’aider à s’extraire d’un chambard du diable après l’apparition d’une toile de Pablo Picasso lui-même.

C’est Edouard, d’ailleurs ami des deux, qui appelle Milie à l’aide. Il vient d’hériter de cette toile à la mort de son père. A laquelle a suivi celle de sa fratrie… Bien trop de morts, dans des circonstances suspectes, pour qu’Edouard ne craigne pas pour sa propre vie. Si le Picasso est un vrai, il attise toutes les convoitises. Mais si c’est un faux, qui aurait intérêt à faire croire à un vrai ?

Picasso, l’homme qui crie

L’enquête de Milie est l’occasion de montrer l’arrière-monde où patauge cet immense peintre, qui était aussi un humain exécrable. Ce tableau vaudrait-)il plus par ce qu’il témoigne que par l’argent qu’il couterait ? Le tableau énigme lui-même n’est-il pas plutôt une clé pour comprendre un homme dans la profondeur de ses secrets ?

L’Homme qui crie joue habillement avec les deux registres, enquête et histoire de l’art, et plonge le lecteur dans les années 30 avec une criante vérité. On en vient presque à quitter le polar pour le reportage, l’immersion documentaire au plus près des acteurs principaux, les peintres qui ont alors révolutionnés leur art. Cela n’empêche toutefois pas Christian Grenier d’avoir construit une véritable très bonne enquête policière, qui fonctionne parfaitement et fait se tourner les pages de plus en plus vite.

Entre secrets de famille, personnages attachants, dessous d’une histoire de l’art parfois trop lisse, le tout servi par une écriture serrée qui ne concède rien jusqu’à la fin haletante, qui avance par chapitres courts et distillant ce qu’il faut pour tenir le lecteur : L’Homme qui crie est une belle réussite.

Loïc Di Stefano

Christian Grenier, L’Homme qui crie, Le Muscadier, « Le Muscadier Noir », septembre 2023, 304 pages, 19,50 euros

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