Duel, Frank Leduc, thriller

Pourquoi prendre en otage deux bus scolaires et ne vouloir parler qu’à Talia Sorel, négociatrice du RAID ? Quelle est sa motivation première, et comment son piège s’est-il construit ? C’est une magistrale manipulation, et du lecteur en premier lieu, et c’est tout le pouvoir de Duel, brillant huitième roman de Frank Leduc, qui nous avait déjà impressionné avec Cléa ou Le Chaînon manquant.

Un contre un

Aussi intelligente soit-elle, Talia Sorel va avoir du mal à comprendre pourquoi elle est désignée par le dangereux ravisseur qui a pris deux bus scolaires en otage, plus de soixante gamins terrorisés. Gérald Mansour, dont on comprend le passé par bribes, n’est pas un fêlé lambda. C’est un homme très charismatique, doué d’une empathie rare, mais qu’il met au service de son seul égo de pervers narcissique surdéveloppé. Que s’est-il passé pour que l’homme attentionné, sans histoire, vivant au Maroc aux côtés de son père malade, devienne celui que la France entière découvre avec crainte, celui qui a fait disparaitre deux bus scolaires et terrorise toutes les familles et les forces de l’ordre ?

Le duel annoncé dans le titre aura bien lieu. Un duel d’intelligence, entre deux personnages particulièrement attachants. Pour comprendre l’acte, Talia va chercher à comprendre la personne. A-t-il agit seul, par vengeance, par folie, pour une rançon ? Ou bien la motivation réelle est-elle bien plus sombre, plus profonde et terrible ?

Bien sûr, on s’en doute assez tôt, s’il connaît son identité et la demande en personne, Gérald a sans doute un compte à régler avec Talia. Mais quel lien les unit, pourquoi ne pas l’affronter directement, son acte est-il minutieusement préparé ou bien improvisé ? Autant de questions auxquelles Franck Leduc répondra, à son rythme, laissant toujours le lecteur plus ou moins perdu.

Un rythme effréné

Duel est un roman qui se dévore, au sens propre du terme. Même si la première partie est plus rythmée, il se dégage de l’ensemble une force addictive incroyable. Le lecteur est embarqué, maintenu en haleine tout du long par une intrigue contre-intuitive et une manière d’écrire qui broie les convictions. D’autant plus que le récit se construit comme un puzzle dont les pièces semblent ne pas s’imbriquer, perdu dans un jeu de va-et-vient entre le passé et le présent. Le lecteur est pris dans ses propres convictions et…

La traque est incroyable, d’autant que Gérald est un véritable magicien qui enjôle et charme autant qu’il effraie. C’est un vrai méchant de cinéma qui offre une prestation diabolique pour faire de Duel un thriller d’une implacable noirceur, où l’on retrouve une intensité et une charge psychologique proches d’un autre grand duel, celui de Clarisse Sterling et d’Hannibal Lecter…

Loïc Di Stefano

Frank Leduc, Duel, Belfond, mars 2024, 378 pages, 20 euros

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