Les États-Unis dans la Grande Guerre, les débuts d’un géant

couverture du livre « Les États-Unis dans la Grande Guerre »« La Fayette nous voilà ! » derrière cette habile propagande de guerre se cache la réalité plus prosaïque d’un pays qui hésita longtemps à s’engager dans le premier conflit mondial…

 

Une historienne des États-Unis

Docteur en histoire de l’université Paris I, enseignante à l’université Rennes 2, Hélène Harter a publié un ouvrage sur Pearl Harbor (Tallandier, 2011) et a collaboré avec André Kaspi, le grand spécialiste hexagonal de l’Amérique du Nord, sur Les présidents américains (Tallandier, 2012). Elle a publié au printemps un ouvrage sur un aspect méconnu du premier conflit mondial : Les États-Unis dans la grande guerre. Derrière le courage des « Sammies », on découvre en fait les ambiguïtés d’une grande puissance qui rêvait de rester dans son splendide isolement…

 

Du choix initial de la neutralité…

Lorsque l’Europe s’embrase à l’été 1914, les États-Unis choisissent de rester neutres, même si d’évidentes affinités idéologiques guident leurs sympathies vers l’Entente (malgré leur répugnance envers l’autocratie tsariste). Récemment élu, le président Wilson s’en tient à la prudence et tient compte du poids de la communauté germano-américaine et des élus du Sud, très isolationnistes. Très vite, la guerre se révèle une source de profits pour les américains qui approvisionnent en matières premières français et anglais. Les choses changent cependant avec le torpillage du Lusitania. Si Wilson obtient l’arrêt de la guerre sous-marine, cela ne durera qu’une grosse année. Et l’Allemagne, consciente de la sympathie américaine pour les alliés (l’aide humanitaire américaine en Belgique et dans le nord de la France est conséquente), est prête à prendre le risque de son entrée en guerre. Le télégramme de Zimmerman, proposant une alliance militaire au Mexique, choque Wilson et l’opinion américaine.

 

… A la guerre

Si les États-Unis rejoignent le camp de l’Entente, ils se voient comme des associés et non comme des alliés. Hélène Harter démontre qu’ils ont leurs propres buts de guerres (le rétablissement du commerce international et une nouvelle régulation des relations internationales) et ne sentent pas concernés par certains engagements des alliés, envers l’Italie par exemple. Contrairement à la seconde guerre mondiale, l’Amérique n’est pas l’arsenal des démocraties : c’est la France qui fournit armes et munitions au corps expéditionnaire américain dont le chef, Pershing, rechigne à passer sous commandement allié. Pour autant, la guerre change la société américaine, pousse l’État à intervenir dans l’économie et à organiser la production (ainsi qu’à se doter d’une flotte de commerce). Manquant d’expérience, le soldat américain donnera des preuves de sa valeur, notamment dans les combats autour du saillant de saint Mihiel, contribuant ainsi à la victoire. Quant à la paix, elle sera l’occasion de divergences majeures entre les États-Unis et l’Entente, qui amènera au rejet au Sénat américain du traité de Versailles. Sans compter le problème des dettes de guerre des alliés, qui empoisonneront les relations transatlantiques durant l’Entre-deux-guerres…

 

Sylvain Bonnet

Hélène Harter, Les États-Unis dans la Grande Guerre, Tallandier, avril 2017, 510 pages, 25,90 euros

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