Cuba 1962, la crise des missiles
Ancien diplomate, grand connaisseur des Etats-Unis, George Ayache est aussi un auteur prolifique. Citons parmi ses dernières œuvres un ouvrage sur Frank Sinatra (Perrin, 2014), La chute de Nixon (Perrin, 2020), Les Roosevelt (Perrin, 2023) et 1960, la première élection moderne de l’Amérique (Perrin, 2024). Ici, il a choisi de s’intéresser à la crise de Cuba, qui faillit plonger le monde dans une guerre thermonucléaire.
Un conflit qui pourrissait

Nous voici donc replongés dans le début des années soixante, l’âge d’or de l’Amérique gouvernée par un jeune président inexpérimenté, Jack Kennedy. Cuba était un pays qui faisait figure d’annexe des Etats-Unis, indépendant (enfin si on peut dire) de l’Espagne depuis la guerre de 1898. La dictature de Batista avait vu fleurir les investissements américains, en particulier mafieux mais la révolution lancée par Fidel Castro change tout. Après un temps de flottement, les intérêts américains sont nationalisés. Kennedy laisse le débarquement de la baie des Cochons mai refuse un appui aérien qui entraîne la débâcle des anticastristes. La faute au renseignement ? La CIA a-t-elle sous-estimé Castro ? Le dossier cubain est retiré de l’agence de Langley et confié à l’armée. Cela n’empêche pas Castro de se rapprocher de l’URSS. Khrouchtchev, qui ne prend pas encore Kennedy au sérieux, décide alors d’installer des missiles et des têtes nucléaires à Cuba avant de l’annoncer à l’ONU en novembre 1962… sauf que les avions espions américains surprennent leurs préparatifs début octobre.
Le monde au bord du gouffre
Georges Ayache offre un très bon récit de la crise, jour après jour, heure après heure, se basant sur les témoignages et aussi sur les comptes rendus (enregistrés) de l’EXCOMM. Il en ressort que les Américains ne savaient pas tout de l’entièreté des livraisons soviétiques (sinon…). Ensuite, beaucoup, dont Bobby Kennedy en début de crise, recommandaient une invasion de Cuba, le casus belli en somme. Kennedy, très prudent, hanté par un livre lu peu avant sur le déclenchement de la grande guerre et par la perspective d’une guerre nucléaire susceptible de tuer cent millions d’américains, fait ici preuve d’un sang-froid étonnant. En face, les soviétiques sont surpris du blocus américain. Volubile, fanfaron, provocateur, Khrouchtchev ne veut pas non plus d’une troisième guerre mondiale qui manque de peu d’éclater en mer (cela lui coûtera son poste en 1964) …. sans le sang-froid d’un officier soviétique, Vassili Arkhipov, qui refuse de lancer une torpille nucléaire (je vous laisse découvrir l’histoire). Au passage, de Gaulle, d’ordinaire toujours critique (et souvent à raison) de Washington, soutient sans barguigner Kennedy. Le sang-froid de ces hommes empêcha donc l’Armageddon…
Voici un livre très précis qui montre en tout cas que Kennedy ne fut pas qu’un érotomane compulsif mais aussi un homme d’état, assassiné un an plus tard à Dallas…
Sylvain Bonnet
Georges Ayache, Cuba 1962, la crise des missiles, Perrin, mai 2025, 416 pages, 25 euros
