Jean Moulin, l’homme qu’il ne faut pas oublier

Un historien de la Résistance

Fabrice Grenard dirige le département recherches de la fondation de la Résistance et est l’auteur d’ouvrages remarquables comme La traque des résistants (Tallandier, 2019) et Les maquisards (Vendémiaire, 2020). Pour le soixante-dixième anniversaire de sa mort, il a choisi une consacrer une courte biographie au premier président du conseil national de la Résistance (CNR), ancien préfet, Jean Moulin.

Un itinéraire classique sous la IIIe République

Rien ne prédestinait Jean Moulin au destin qui fut le sien. Fils d’un homme politique local, endeuillé durant son enfance par la mort de son frère aîné, Jean Moulin part à l’armée en 1918 mais ne participe pas aux combats de la Grande guerre. Un peu dilettante, un peu dissipé, Moulin doit aux interventions de son père d’intégrer l’administration de la préfectorale où il se révèle brillant. Dès lors, Jean Moulin devient un haut fonctionnaire de talent, remarqué à Paris. Marqué à gauche, il intègre les cabinets de Pierre Cot, sous-secrétaire d’état aux affaires étrangères puis ministre de l’air. Sa vie privée reste par contre nimbé de mystère. Après un mariage raté, il reste célibataire, ce qui n’est pas l’habitude dans son milieu. Moulin gardera sa part d’ombre… notons enfin que, durant le front populaire, il participe aux livraisons d’armes clandestines à l’Espagne républicaine.

La défaite et la Résistance

En juin 1940, il est préfet d’Eure-et-Loir, organise le ravitaillement et maintient l’ordre face à l’arrivée des allemands. L’histoire de sa tentative de suicide est connue, Moulin refusant de céder aux coups et de signer une déclaration incriminant les troupes coloniales françaises dans la mort de civils. Doit-on y voir le premier signe de son basculement ? C’est progressivement, après sa révocation à l’automne 1940 par le gouvernement de Vichy, que Moulin choisit la Résistance. Fabrice Grenard narre très bien sa rencontre avec le général de Gaulle, fondatrice de sa prise de responsabilité dans l’unification de la résistance intérieure. L’enchainement des faits jusqu’à la fondation du CNR est très bien raconté. Terminons enfin sur la scène qui inaugure l’ouvrage : Moulin n’a jamais parlé. Jamais. Il a encaissé les coups, la torture. Ce qu’il savait aurait pu aider les nazis à démanteler la résistance. Et il n’a pas parlé. Un courage pareil mérite l’admiration en 2023.

Ce Jean Moulin de Fabrice Grenard est un excellent ouvrage.

Sylvain Bonnet

Fabrice Grenard, Jean Moulin, Plon, mai 2023, 272 pages, 15,90 euros

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