La mort de la IIIe République, le naufrage

On ne connait pas ici Hugo Coniez, haut-fonctionnaire au Sénat et auteur d’ouvrages en sciences politiques. Il s’intéresse ici à la suite d’évènements qui ont mené la IIIe République à sa perte le 10 juillet 1940 au terme du plus grand désastre militaire qu’ait connu notre cher et vieux pays. Notons que notre historien livre un récit exact, déjà vu ailleurs de ces évènements. On va donc aussi noter quelques points saillants de l’ouvrage.

Un évènement complètement imprévu

D’ores et déjà soulignons un fait : personne ne s’attendait à une défaite française aussi rapide. La débâcle a pris de court le gouvernement, partagé entre attentistes, défaitistes (bientôt partisans de l’armistice) et bellicistes. Personne n’avait anticipé la percée du front après quelques jours d’offensive, dans les Ardennes. L’ouvrage d’Hugo Coniez excelle d’ailleurs à nous peindre ces hommes politiques, Reynaud au premier chef, en train de se décomposer au fur et à mesure des nouvelles du front. Le plus étonnant restera d’un point de vue militaire le plan Dyle-Breda qui consistait à projeter les réserves françaises en Belgique pour repousser l’armée nazie : un coup de poker perdant au moment où Manstein et la Wehrmacht réussissent eux un coup de poker gagnant…

Ces dirigeants ne furent pas à la hauteur…

La mort de la IIIe République est aussi une occasion de brosser des portraits incisifs de ces politiques qui ont failli. Au premier chef Daladier et Reynaud, trop occupés à se tirer dans les pattes avant l’offensive du dix mai. Par la suite, on les voit débattre, s’agiter pendant que l’armée allemande progresse. Ne parlons pas de Chautemps qui finit par être le marche-pied de Pétain et de Laval. Parlons de ces techniciens comme Paul Baudoin ou Yves Bouthillier, recrutés par Reynaud mais prêts à l’armistice, ne comprenant pas la géopolitique du conflit, trop occupés à régler leurs comptes avec la République. Et le grand adversaire, Laval, voit dans la défaite, l’occasion de prendre sa revanche sur la chambre du Front populaire : on a vu mieux niveau sens de l’intérêt général.

Revenons sur Paul Reynaud, homme très intelligent, lucide sur le nazisme, qui ne se révèle pas le grand homme attendu (et qu’il voulait être). Trop occupé à se disputer avec sa maîtresse, velléitaire, écoutant trop, procastinant beaucoup, il montre qu’il manquait du caractère fort et impitoyable des grands leaders comme Clemenceau pendant la Grande Guerre ou bientôt Churchill et de Gaulle. Et puis trop de temps perdu dans des manœuvres de couloir… Et ce furent Pétain et Laval qui raflèrent la mise, malheureusement.

Sylvain Bonnet

Hugo Coniez, La mort de la IIIe République, Perrin, janvier 2024, 368 pages, 23 euros

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