Le Piano dans l’éducation des jeunes filles

Stéphane Barsacq propose avec Le Piano dans l’éducation des jeunes filles un roman de formation. C’est l’histoire de l’éducation sentimentale d’un jeune homme épris d’absolu. Paru en 2016 aux éditions Albin Michel, et couronné du prix Roland de Jouvenel 2016, il paraît au Livre de poche.

Stéphane Barsacq a écrit de très beaux livres sur Rimbaud, Cioran, Brahms, des préfaces remarquable sur François d’Assise (La Joie parfaite, Le Seuil, 2008), Simone Weil (Le Ravissement de la raison, Points, 2009) Romain Rolland (Vie de Tolstoï, Albin Michel, 2010), Lucien Jerphagnon (Connais-toi toi-même… Et fais ce que tu veux, Albin Michel, 2012), Vladimir Jankélévitch (L’Enchantement musical, Albin Michel, octobre 2017). Son œuvre est à la jonction de deux lignes majeures : la recherche de l’absolu et l’élévation mystique, grâce à la philosophie, la poésie et la musique.

Dans un style qui lui est propre, classique et plein d’élégance, Stéphane Barsacq offre un premier roman, initiatique, musical, aéré, drôle et très rafraîchissant. On pensait que la littérature était désormais morte. Il n’en est rien.

L’éducation sentimentale

Le Piano dans l’éducation des jeunes filles est un roman d’amour. Amour des femmes, amour de la littérature, amour de la musique. L’amour est à toutes les pages. L’amour guide ses personnages, les comportements, les rêves et les déceptions. N’est-ce pas finalement ce qui nous importe le plus l’amour, messieurs dames ? N’est-ce pas cet esprit universel qui guide le monde sur le théâtre de l’histoire ? Néanmoins le grand amour est-il encore possible dans une société moderne et décadente vouée à la jouissance, à l’individualisme et à la consommation de tout et tous par tous ? Individu contemporain — enfant-roi d’une époque déboussolée et immoraliste, où chacun poursuit ses rêves en se prenant pour sa propre fin, et, niant toute autre forme possible de relations sociales que celui qui se fondrait sur la réalisation de ses propres rêves et désirs au mépris de ceux des autres —, Volodia est un jeune professeur d’histoire, un amoureux transi de littérature, de musique, sorte de Frédéric Moreau dans l’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert. Héros romantique par excellence, tant par son physique que par sa nature, sa sensibilité, son goût pour la contemplation et l’observation, mais qui n’a, pour le moment, guère trouvé sa Madame Arnoux qui fera son éducation sentimentale.

Sonia, la jeune pianiste ambitieuse est bien sa maîtresse, mais ne manque-t-elle pas de hauteur pour remplir ce rôle ? Asma, la mystique, ou Sophie, l’artiste adulée dont la somptueuse beauté trouble au premier regard semblent encore trop centrée sur elles-mêmes pour faire grandir ce garçon et lui assurer une maturité nécessaire afin qu’il accomplisse un grand destin. Derrière tout grand homme se cache la force et la sagesse d’une femme, et, de cela, Stéphane Barsacq n’ignore rien. Roman de jeunesse, d’une jeunesse épris de musique et de sensualité, c’est avec humour et verve qu’il nous guide dans un monde singulier, hors sol. Véritable roman de formation, propédeutique d’une intrusion du réel en littérature, Barsacq réinvente le roman du XIXe siècle dans une langue moderne et virevoltante.

À la manière de Flaubert ou de Stendhal, il médite sur notre humble condition de mortels, à la recherche du sens, à la recherche d’absolu, incapables de nous comprendre sans la médiation d’autrui, l’autre, cet encombrant pourtant si délicieux, qui est cette porte ouverte sur soi.

Écoutez bien ce que je dis, on parlera très bientôt de cet écrivain, ce romancier qui rend ses lettres de noblesse au roman initiatique, à l’art de la méditation, à l’aphorisme et à l’amour, avec l’art et la maîtrise du conteur, qui nous entraîne dans la course folle et l’euphorie d’une jeunesse en quête de soi, de l’autre, d’un idéal inatteignable mais néanmoins bien réel. C’est addictif, brillant et totalement enthousiasmant. On brûle déjà du désir de lire le prochain.

Marc Alpozzo

Stéphane Barsacq, Le Piano dans l’éducation des jeunes filles, Le livre de poche, octobre 2018, 7,70 eur

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