Le rêve brisé de Charles Quint, l’empire qui ne pouvait arriver

Il y a un regain autour des études centrées sur la Renaissance, certainement dû aux efforts et aux percées d’un Didier Le Fur, auteur de remarquables biographies de François Ier (Perrin, 2015) et Henri II (Tallandier, 2009). Ici, Guillaume Frantzwa, auteur d’un 1520, au seuil d’un monde nouveau (Perrin, 2020) remarquable, revient sur la figure du rival (et cousin) de François Ier, Charles Quint, ou plutôt à son rêve impérial.

L’homme d’un empire

Avant l’empire britannique, il y eut donc un autre empire « où le soleil ne se couchait jamais », celui de Charles Quint. Héritier des rois d’Espagne, il est aussi l’arrière-petit-fils de Charles le Téméraire et le petit-fils de Maximilien d’Autriche. Le voici en 1520 roi d’Espagne, duc de Bourgogne et Empereur germanique, sans compter les territoires que les conquistadors sont en train d’acquérir au Nouveau Monde en son nom (que de massacres en son nom…). Et le voilà face à François Ier, le brillant et séduisant roi de France, duc de Milan, protecteur des arts, celui a voulu ceindre la couronne impériale à sa place. Grâce à ses lansquenets allemands (et majoritairement luthériens), il le bat à Pavie. Et il le capture.

Un rêve déçu

On a beaucoup glosé sur la captivité de François Ier à Madrid, sur la façon dont il s’est parjuré après sa libération. Les deux hommes, aussi par la force des évènements, ne fonctionnaient pas de la même façon. Humilié à Pavie, le Valois est prêt à tout, y compris à s’allier au Sultan ottoman, pour faire respecter ses droits qu’il estime légitime. Plus puissant, Charles Quint est à bien des égards un homme entre deux époques, rêvant de croisade contre les Turcs (ses efforts en Méditerranée sont conséquents) et de prendre la tête du monde chrétien comme le successeur de Constantin afin d’assurer le salut du monde. Les révoltes de ses sujets allemands et flamands, les progrès de l’hérésie luthérienne (et ensuite calviniste), ont sonné le glas de cette ambition. Parfois plein d’une inspiration quasi-millénariste, Charles Quint, prince francophone, émeut le lecteur contemporain par ses rêves déçus. Ce très bon livre de Guillaume Frantzwa nous aide à mieux le comprendre.

Sylvain Bonnet

Guillaume Frantzwa, Le rêve brisé de Charles Quint, Perrin, septembre 2022, 352 pages, 23 euros

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