Les grands capitaines, l’art de la guerre

Un historien de la chose militaire

Arnaud Blin s’est fait connaître en publiant des ouvrages sur des batailles décisives comme Iéna (Perrin, 2003) ou Wagram (Tallandier, 2010) ainsi que des biographies comme celle de Tamerlan (Perrin, 2007). Il aussi publié un essai sur Le Terrorisme (Le cavalier bleu, 2005) et une étude sur La Paix de Westphalie (Complexe, 2006). Il publie ici  une synthèse intitulée Les grands capitaines chez Perrin, qui se veut une présentation des grands stratèges de l’histoire militaire, incluant bien sûr Napoléon mais aussi Tamerlan ou Nader Shah, moins connus en occident.

 

Un panorama exhaustif

D’Alexandre à César, d’Hannibal à Turenne, de Tamerlan à Joukov, on peut dire qu’Arnaud Blin a visé large ! l’ensemble est de qualité. On peut regretter ici quelques erreurs : Brutus n’était pas le fils adoptif de César par exemple. On relève aussi des approximations : si l’islam a été une force conquérante et dominante pendant une large partie du Moyen-âge, il ne faut pas négliger la reconquête byzantine en Syrie du nord au Xe siècle, qui s’inscrit dans une réflexion stratégique de fond (citons le traité sur la guérilla de Nicéphore Phocas). Pour autant, la stratégie d’Hannibal et son choix de la bataille d’anéantissement est très bien expliqué (Cannes hantera les stratèges allemands). Idem pour le parcours de Turenne, représentatif des changements militaires dus à la Réforme. Enfin, certaines innovations techniques, comme le char, sont plus anciennes qu’on ne le pense.

 

Général Vo Nguyen Giap de retour à Dien Bien Phu (4 mai 1984)

 

De la pensée stratégique

Autrefois, Victor Davis Hanson avait publié Le Modèle occidental de la guerre (Les Belles lettres, 2001), démontrant combien les européens privilégiaient les batailles rangées, des hoplites grecs aux grandes unités des deux guerres mondiales, au détriment des stratégies de guérilla, fondées aussi sur la ruse. Avec La Ruse et la force (Perrin, 2017), Jean Vincent Holeindre a démontré au contraire que « la petite guerre » et le recours à la ruse ont toujours été présents, que ce n’était une spécificité non-occidentale.

A travers la figure de Giap, le grand vainqueur de Dien Bien Phu, on se rend compte que les échanges intellectuels entre orient et occident ont toujours existé (Giap révère Napoléon), que la pensée de la guerre s’exporte très facilement. Rien d’étanche donc et c’est bien ce que ce livre d’Arnaud Blin, au demeurant très agréable à lire, démontre pleinement.

 

Sylvain Bonnet

 

Arnaud Blin, Les Grands capitaines, Perrin, mai 2018, 400 pages, 24 euros

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