Grand Atlas des empires coloniaux, des premières colonisations aux décolonisations (XVe-XXIe siècle)

Plonger dans le grand Atlas des empires coloniaux, c’est se laisser embarquer dans un voyage qui traverse six siècles d’histoire mondiale. On se plonge dans les premières explorations maritimes pour finir aux mouvements de décolonisation du XXe siècle. Ici, l’histoire ne se lit pas seulement dans les dates et dans les évènements : elle se voit. Elle se trace sur les cartes. Elle se devine dans les flèches qui relient ports et colonies ainsi que dans les couleurs qui matérialisent les territoires contrôlées ou contestées.

Les auteurs et leurs regards

Pour moi, le principal atout de cet atlas réside dans les auteurs. Ces derniers sont spécialistes dans leur domaine. Cela donne à cette atlas une profondeur rare. Commençons par Marcel Dorigny qui est un spécialiste de l’esclavage. Il rappelle l’humain derrière les chiffres : des hommes, des femmes et des enfants arrachés à leur terre et déportés à travers l’Atlantique. Nous avons aussi Jean-François Klein et Pierre Singaravélou qui offrent un regard global sur les empires européens et les circulations mondiales. Enfin avec Jean-Pierre Peyroulou et Marie-Albane de Suremain nous avons une vue claire sur les dynamiques locales et les trajectoires postcoloniales

Il faut également souligner le remarquable travail de Fabrice Le Goff, cartographe, qui rend visible et intelligible la complexité de ces espaces en   mouvements.

Aussi chaque contribution est un fil dans cette toile complexe qui relie Europe, Afrique, Amériques et Asie

L’organisation de l’Atlas

Cet ouvrage se structure en grandes séquences historiques :

Tout d’abord, les premières colonisations (XVe – XVIIe siècles) :   les cartes retracent les routes maritimes, les premières colonies et les implantations européennes. Elles illustrent les débuts de la traite, les réseaux commerciaux ainsi que les structures économiques et sociales mises en place dans les territoires colonisés.

Ensuite, nous avons l’apogée impériale (XVIIIe – XIXe siècle) : cette partie met en lumière la consolidation des empires, l’organisation administrative et militaire ainsi que l’essor des flux commerciaux mondiaux. Il souligne la coexistence de la domination et de la résistance ainsi que l’émergence des mouvements abolitionnistes.

Puis l’esclavage et la société coloniale.  Les cartes et les graphiques rendent visibles l’ampleur des flux humains, les réseaux économiques ainsi que l’impact durable de l’esclavage sur les sociétés colonisés.

Enfin, nous avons la décolonisation et les héritages contemporains (XXe –XXIe siècle) : l’Atlas montre les trajectoires des Etats postcoloniaux ainsi que les mouvements indépendantistes et les recompositions géopolitiques. L’accent est ainsi mis sur les héritages politiques et culturels des empires dans le monde contemporain.

Un Atlas qui se distingue des autres

Ce qui distingue l’Atlas est la mise en perspective des colonisés. C’est d’ailleurs un atout. L’histoire n’est pas racontée seulement par le regard du colonisateur. Cela nous montre les résistances, ainsi que les adaptations et les stratégies des populations locales. La décolonisation apparait ainsi comme une trajectoire longue, marquée par des luttes, des compromis ainsi que des recompositions culturelles.

L’ouvrage se distingue également par sa clarté visuelle. Les cartes et les infographies rendent perceptibles des processus complexe. Nous avons également une très bonne rigueur scientifique avec des contributions d’experts renommés. Et enfin, peut-être le plus important, sa pédagogie. Cela permet de comprendre les processus historiques globaux de façon lisible et concrète. Enfin, il y a véritablement une approche globale et réflexive. Il interroge vraiment la notion de « mission civilisatrice » et souligne les héritages contemporains des empires.

Au final, le Grand Atlas des empires coloniaux est à la fois un outil de référence et un guide pédagogique. Il dépasse les récits nationaux pour offrir une vision connectée, critique et dynamique des empires coloniaux. Il se lit. Il se regarde et se relit. Il reste un compagnon indispensable pour quiconque souhaite comprendre les dynamiques profondes qui ont façonné le monde contemporain.

Franck Dupire

Marcel Dorigny, Jean-François Klein, Jean-Pierre Peyroulou, Marie-Albane de Suremain, Pierre Singaravélou, Fabrice Le Goff, Grand Atlas des empires coloniaux (Nouvelle édition), autrement, janvier 2026, 287 pages, 39 euros

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