Pierre-de-vie, la magie de Jo Walton

Un auteur confirmé

On a connu tout d’abord Jo Walton avec Morwenna (Denoël, 2014) qui remporta le prix Hugo en 2012 : il s’agissait d’un roman d’apprentissage, celui d’une jeune magicienne, hyper-référentiel, somme toute assez décevant. Le talent de Walton était plutôt dans la trilogie du subtil changement où elle a décrit avec beaucoup de détails une uchronie où l’Angleterre, après avoir fait la paix avec Hitler, sombrait dans le fascisme. Cependant, Mes vrais enfants est son véritable chef d’œuvre : elle arrive ici à raconter deux vies d’une même femme. Aucune n’est fausse, les deux sont vraies, se croisent. Voici un roman que le grand Christopher Priest aurait pu écrire, Jo Walton s’est en tout cas hissé à son niveau. Les éditions Denoël viennent de publier Pierre-de-vie, un roman de fantasy dont, disons-le simplement, on attend beaucoup.

Fuir la colère des Dieux

Le village d’Applekirk, bourgade tranquille, se situe dans les marches occidentales et est gouverné par le seigneur Ferrand, un type plutôt juste et équilibré. Ferrand est l’époux de Chayra mais vit aussi avec sa maîtresse Taveth et son mari Ranal. Cette famille recomposée d’un nouveau type élève les enfants issus des différentes combinaisons, sans problèmes d’ailleurs. Voici cependant que débarque Hanethe, l’arrière-grand-mère de Ferrand, qui a peu vieilli parce que le temps s’écoule moins vite en Orient, la demeure des dieux. Elle fuit la déesse du mariage, Agdisdis et arrive dans le village comme une reine en exil, consciente des pouvoirs de sa « yeya », son don de magie. Cela ne l’empêche pas de séduire la petite Melly, fille de Ferrand et Taveth. Hanethe décide d’en faire son adepte :

— Voici mon enfant et je lui transmettrai mon savoir. Mon enfant, venue à moi pour recevoir mes connaissances. Mon enfant, dont le nom et l’âme sont à jamais liés à mon nom et à mon âme.

— Hanethe est ma professeure. La professeure que j’ai choisie et dont j’ai presque porté le nom. »

Le problème est que la déesse Agdisdis n’oublie rien. Elle missionne une de ses prêtresses, Dolkis, pour manipuler le savant Jankin. Ce dernier, une fois arrivé à Applekirk, séduit Taveth et Chayra. La zizanie ! de plus, la déesse Agdisdis réussit aussi à envoyer une armée contre Ferrand. Qu’a donc fait
Hanethe de si répréhensible ? Que va-t-il arriver aux gens d’Applekirk ?

Un roman atypique

Pierre-de-vie se révèle une Fantasy aux accents oniriques. On y découvre la révolte d’une humaine contre une déesse (dont elle a été une partie), chose assez classique. Ensuite la description de la magie est assez roborative : ici, elle est liée aux individus même, certains sont doués plus que d’autres. Puis il y a une vraie réflexion sur le rôle des femmes. Mère ? Epouse ? Amante ? Co-souveraine ? Disons que dans le domaine de la fantasy, Walton promeut un rôle de la femme plutôt novateur. La description de la cellule familiale, nucléaire à souhait, du comportement polyamoureux des adultes peut aussi séduire. Enfin, Walton est une très bonne raconteuse d’histoires, créatrice de personnages passionnants et on lit Pierre-de-vie avec délectation. Que peut demander de plus le peuple des fans de fantasy ?

Sylvain Bonnet

Jo Walton, Pierre-de-vie, illustration de couverture d’Aurélien Police, traduit de l’anglais par Florence Dolisi, Denoël, « Lunes d’encre », mai 2019, 336 pages, 21,90 eur

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