L’univers incompris, lumière sur les zones d’ombre du cosmos
Une quête sans fin
Jean-Philippe Uzan est un physicien théoricien, spécialiste en cosmologie et en gravitation, directeur de recherche au CNRS. Sébastien Carassou est docteur en astrophysique, spécialisé dans l’évolution des galaxies, il se consacre à la vulgarisation scientifique. À eux deux ils nous livrent un livré détonnant : nous savons si peu de choses sur l’univers (voire le multivers !) … et pourtant tellement !

Depuis des siècles se déroule une course poursuite passionnante entre l’imagination scientifique et l’observation de la réalité. Des cosmologistes, de doux rêveurs férus de mathématiques, imaginent comment ça pourrait être, comment ça devrait être… parfois l’observation des faits permet de valider un de leurs modèles théoriques, au détriment des autres. Quelqu’un avait imaginé juste ! Mais alors on ne fait que reculer quelque peu la limite de l’inconnu, car c’est sans fin… Voilà pourquoi les scientifiques, les vrais, sont d’une modestie absolue !
Nos auteurs déclarent :
« L’histoire des sciences s’apparente à un long voyage semé de joies éphémères et de désillusions régulières, où l’Humanité a progressivement renoncé à son rêve vaniteux de se placer au centre de la Création, tant de l’Univers que du Vivant ».
De vérité en vérité
Pour l’instant on pense que le big bang, s’il y en eut, se serait produit il y a 13,8 milliards d’années… pour ce que nous pouvons en savoir depuis le petit coin du cosmos où nous vivons, à savoir notre voie lactée, qui n’est jamais qu’une galaxie parmi les 2 000 milliards de galaxies que nous parvenons à observer– et encore nous restons limités à notre univers alors que nous commençons à nous demander s’il n’en existe pas… une multitude ? Ajoutons que nous ne parvenons à observer que 6% de la matière de notre propre galaxie, le reste de la matière étant constitué de matière noire et d’énergie sombre… sombres comme le diable ? Oui, face à tant d’inconnu les cosmologues sont un peu poètes, certains pencheraient pour la métaphysique, admettons-le : il y a de quoi fantasmer !
Les auteurs insistent : toutes ces lois qui sont le socle de notre savoir seront peut-être dépassées un jour : les lois de la gravitation de Newton, la relativité d’Einstein qui a pourtant permis des avancées remarquables, l’existence des trous noirs, des neutrinos, les nuages de gaz froid, de gaz chaud, la théorie de l’inflation cosmique… Pire : « Dans un univers infini dans le temps, l’improbable devient inéluctable » : donnez un clavier à un singe et un temps infini pour taper sur les touches, tôt ou tard (plutôt tard !) il aura composé l’œuvre entière de William Shakespeare… qu’adviendra-t-il, dans quelques milliards d’années de notre (nos) univers ? Les paris sont grand ouverts !
Terminons par cette citation de Johannes Kepler, qui date de plus de quatre cents ans sans avoir pris une ride :
« L’esprit se fatigue en errant dans cette immensité du monde où il ne trouve nul repos dans ses calculs, nulle halte, nulle borne pour le retour. »
Mathias Lair
Sébastien Carassou et Jean-Philippe Uzan, L’univers incompris, lumière sur les zones d’ombre du cosmos, Les Arènes, mars 2026, 378 pages, 23 euros
