30 secondes, le thriller chrono de Xavier Massé

Et si tout s’écroulait au moment même d’atteindre le sommet ? C’est ce qui arrive au jeune prodige du football américain universitaire, Billy Wake. Au moment de briller sur le terrain, un choc le met ko. Fin du rêve, et début du cauchemar : sa fiancée Tina a disparu. Il ne lui restait que 30 secondes de jeu pour réussir, il lui faudra bien plus de temps, dans le roman 30 secondes de Xavier Massé, pour remettre tous les éléments à leur place !

mémoire effacée

L’intrigue est simple : retrouver la mémoire pour comprendre ce qu’il a était, ce qu’il ne comprenait pas avant. Mais cette simplicité est un chemin tortueux qui fait se perdre le lecteur entre réalité, souvenirs, faux-semblants, et cette impression ténu mais constante qu’on est au bord de la folie. Et s’il lui fallait se résoudre à admettre des événements bien plus dramatiques qu’il ne pouvait l’imaginer ? Mais avant cela, avant de pouvoir comprendre, en combien de morceaux ses souvenirs sont-ils éclatés ?

Travailler sur la mémoire, seul, c’est impossible. Aussi Billy va-t-il avoir l’assistance d’un hypnothérapeute qui, par bribes éparses, livres les morceaux de son passé. Et bien malin qui pourra tout reconstruire avant le dénouement ! Lequel, d’ailleurs, n’est pas sans surprises… S’il joue avec les nerfs du lecteur, et à un rythme qui en fait un très bon page-tourner, il sait aussi poser quelques balises, comme ce nom de Wake, éveil…

Et la narration à la première personne permet au lecteur de se mettre dans les pas de Billy sur la route de ses souvenirs perdus. Cela ajoute encore à l’efficacité du récit.

Ne me dîtes pas que j’ai fait ça ? Ne me dîtes pas qu’en plus d’avoir renversé quelqu’un, de l’avoir probablement tué… j’ai caché son corps ! Ne me dîtes pas que j’ai été assez débile pour faire un truc pareil !

un rythme effréné

Au final, la métaphore du touchdown (un bel écrasé de ballon ovale derrière l’en-but, dirait-on dans le sud-ouest) permet de concentrer le point d’impact de tous les éléments oubliés, et qui vont se percuter en Billy. L’écriture est précise, acérée, et ne laisse pas respirer. Les éléments sont tellement éparpillés que le lecteur devra ne rien lâcher pour… se faire encore surprendre par la fin.

30 secondes est un roman qui tient essentiellement sur son rythme, effréné, et la maîtrise des franges (réalité, folie, etc.) au bord desquels le personnage se tient continûment. Le thème de la mémoire perdue n’est pas original, mais il s’en passe des choses en 30 secondes, surtout quand ça va à 100 à l’heure ! A ce rythme, la psychologue des personnages est un peu sacrifiée, mais l’ivresse compte seule. Et 30 secondes est un alcool fort !

Loïc Di Stefano

Xavier Massé, 30 secondes, Taurnada, février 2022, 9,90 eur

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