Montgomery Clift, l’enfer du décor

Avant de vous parler du contenu, il faut que je vous parle du contenant. Car, au fil du temps, on a pris la mauvaise habitude de gloser sur l’intérieur des livres et d’en oublier leur aspect. Or, un livre c’est aussi un objet. Et si c’est un bel objet ça n’en est que mieux. Tout y a son importance : le format, la qualité du papier, la photo de couverture, la taille, la police de caractères, la qualité de reproduction des photos, etc. Certains ouvrages ne donnent aucune envie d’être rangés dans une bibliothèque ni même d’être feuilletés. D’autres (de plus en plus rares) respectent le lecteur en se présentant sous forme de « beaux produits ». Tel est le cas de celui-ci. Tout y est impeccable. Un travail soigné, pensé, ciselé. Avec une « hard cover » comme disent les Américains, c’est-à-dire une couverture rigide, donc qui ne risque pas de s’écorner. Pour une fois félicitions l’éditeur (LettMotif).

Revenons à Monty puisque tel était le surnom de Montgomery Clift.

Plus qu’un acteur : une référence. De nombreux comédiens dans le monde entier ont avoué avoir été impressionné par son jeu et s’en être inspiré. Un jeu difficile à décrire (mieux vaut le voir sur un écran !) mais tout en finesse, en détails, donnant une épaisseur fragile aux personnages. Monty c’était l’écorché vif, l’homme qui vous faisait passer un maelstrom de douleurs ou de doutes d’un simple regard. Un acteur qui ne cherchait jamais à impressionner même si on ne voyait que lui à l’écran. Bizarrement, il n’a joué dans aucun chef d’œuvre impérissable (même si Une place au soleil et Tant qu’il y aura des hommes sont considérés comme des classiques). Je vous fiche mon billet (de cinéma) que si vous demandez autour de vous de citer un film de Clift vous n’obtiendrez aucune réponse. Contrairement à Brando, Dean, McQueen, Newman, impossible de brandir « le » film de Clift.

John Wayne et Montgomery Clift dans « La rivière rouge » (1949)

Tout Monty

Heureusement cet ouvrage est là pour combler ce vide. Un ouvrage complet. Et le mot est faible. Il ne se contente pas de retracer avec moult détails la vie tumultueuse de Clift, il aborde TOUS les sujets autour de cet acteur (jusqu’aux chansons qui lui ont rendu hommage). Oui, tout Monty est là.

Sur près de 400 pages, le lecteur apprend énormément de choses. Chaque film (une vingtaine) est traité par le menu. Personnellement, je ne suis pas fan (on le sait !) des analyses (mais il suffit de sauter les paragraphes pour retrouver le vif du sujet !). Or, l’auteur, Sébastien Monod, aime décortiquer, étudier jusque dans les détails. Les amateurs apprécieront.

Marilyn Monroe et Montgomery Clift dans « The Misfits » (Les Désaxés), 1961

Ainsi apparait Montgomery dans toute sa splendeur mais aussi dans toute sa complexité. Car pour restituer aussi bien les tourments, il faut avoir pas mal souffert. Lui souffrait (entre autres) d’une homosexualité mal assumée. Il n’était pas la seule star américaine à devoir vivre avec ce qu’il considérait comme un fardeau mais d’autres, tel Rock Hudson, s’en sont mieux sortis. Et puis, pour grimper de plusieurs échelons dans la souffrance, Clift fut victime d’un grave accident de voiture dont il ne sortit pas du tout indemne.

Tout cela (et bien d’autres choses) est abordé dans ce livre très copieux et très digeste. Monod a fouillé jusque dans les détails, restituant en parallèle l’Hollywood des années 50/60. Certes, il s’inspire de biographies déjà existantes (il y en a finalement assez peu sur Clift) mais il les complète par un rigoureux travail d’investigation.

Ipso facto ce livre devient totalement indispensable pour qui s’intéresse à Monty. Il parait difficile de faire mieux. En quelque sorte voici la biographie définitive de Montgomery Clift. Preuve que l’on peut être Français et exceller en histoire du cinéma américain.

Philippe Durant 

Sébastien Monod, Montgomery Clift, l’enfer du décorLettMotif, décembre 2017, 391 pages, 39 euros

 

Une pensée sur “Montgomery Clift, l’enfer du décor

  • 24 janvier 2018 à 9 h 52 min
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    Aucun classique avec Clift… c’est vite dit! Quid de La rivière rouge de Hawks, de Soudain l’été dernier de Mankiewicz et du fleuve sauvage de Kazan????

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