Chasseurs de sève, un arbre, un monde, un microcosme sans pitié

Il était évident que le récit de science-fiction Chasseurs de sève de Laurent Genefort aurait son adaptation en bande dessinée, comme d’autres de ses romans si ce n’est un jour au cinéma. Avec des thèmes sociétaux et climatiques si actuels l’importance était de trouver un auteur de bd qui puisse exprimer cet univers aussi fécond.

Planète type 3.92M-s

La mort vient de là-bas. Bientôt, elle nous engloutira tous. Pour l’instant, elle a épargné vos tribus périphériques. Mais dans une lunaison tout aura été contaminé. 

Un arbre est l’écosystème de ce monde, l’arbremonde. Il est immense, non, il est gigantesque voire même sans limite. Personne n’en connait la base et encore moins ses racines.

Les peuples qui y vivent sur différentes strates, différentes branches, convoitent ce qui leur permet de vivre, la sève de l’arbremonde.

Mais l’arbre paraît vaciller, parait se déliter car sa sève nourricière est atteinte d’un mal destructeur.

Pierig est sorcier du clan des chasseurs de sève. Il est capturé par un clan belliqueux adverse. Ils veulent exploiter ses dons de sourcier pour comprendre pourquoi l’arbremonde se meurt. Ils l’obligent à descendre avec eux au plus profond des méandres de l’arbre jusqu’aux racines du mal et ainsi éviter de mourir avec l’arbre.

C’est une excursion synonyme de danger absolu, de descente vers l’inconnu. Quels en seront les plus grands pièges ? Les hommes, les bêtes, l’arbre lui-même ?

Vous aimez la science-fiction ? Vous risquez d’être désorienté

Le malheureux qui tombe dans leurs terriers est assailli par une armée de frelons, qui ponde mille œufs sous sa peau et dont les larves dévorent la chair vive de leur victime.

Largement inspiré classique de la SF non technologique, Le Monde Vert de Brian Wilson Aldiss, Chasseurs de sève nous plonge dans un monde dominé parle végétal, qui s’est acclimaté des conditions du soleil. Quelques humains tentent de résister… C’est captivant, tellement moderne, en écho aux conditions que nous risquons d’affronter dans le futur. Excepté que, pour nous, l’arbre brûle !

Parmi ses autres références, Alexandre Ristorcelli cite également le clin d’œil qu’il fait à l’Incal de Jodorowsky et Moebius pour le découpage de l’histoire. Le roman Jérusalem d’Alan Moore (immense scénariste bd) est encore sa référence pour l’idée de voyage vertical avec force description.

Chasseurs de sève égare le lecteur qui perd ses repères d’horizons habituels. Il n’y a pas un coin de ciel bleu, ni étoilé. Votre regard se concentre sur les hommes et leur devenir incertain dans une végétation foisonnante.

Alexandre Ristorcelli a conçu un univers fantastique et réaliste. Et même s’il a utilisé le tout numérique, la trame du dessin, les expressions, les détails apportent de l’épaisseur à l’histoire. La technique utilisée de lavis numérique complète la richesse graphique. 

On aimerait  tant une suite…

Xavier de La Verrie

Alexandre Ristorcelli, Chasseurs de sève, adapté du roman de Laurent Genefort, mars 2023, Editions Critic & Les Humanoïdes Associés, 112 pages, 22 euros

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