La France d’Éric Zemmour ou l’effondrement final – La France n’a pas dit son dernier mot

La parution de son ouvrage La France n’a pas dit son dernier mot, aux éditions Rubempré, qu’Éric Zemmour a auto-édité, ajoutée à sa potentielle candidature aux élections présidentielles, en fait un personnage atypique dans le paysage politique français. Comment alors, ne pas écrire sur ce transfuge du journal du soir Le Figaro, dans une campagne électorale qui ne présageait rien de bien original ? Comment ne pas aborder cette résurgence du trumpisme dans le paysage français ? Voici donc un essai qui déplore la défrancisation de la France, et pose un constat édifiant sur le déclin de notre pays.

Zemmour candidat ?

Le 16 septembre 2021 parait le nouveau livre d’Éric Zemmour, La France n’a pas dit son dernier mot. Éjecté par son éditeur habituel, Albin Michel, c’est à compte d’auteur que le polémiste publie cette fois, réactivant pour cela son entreprise Rubempré, qu’il transforme en maison d’édition. Attaqué par le CSA, à la mi-septembre, parce qu’on le soupçonne de vouloir se présenter aux présidentielles, ce qu’il dément formellement, prétendant « encore y réfléchir », l’autorité publique française de régulation de l’audiovisuel crée un statut spécial « Zemmour » et l’empêche de continuer son émission quotidienne, sur la chaîne d’informations CNews, avec son acolyte Christine Kelly.

une inspiration littéraire 

Depuis la sortie de son livre, Éric Zemmour ne s’en cache pas, il s’est inspiré de Victor Hugo et de ses Choses vues, ce qui n’est pas étonnant, puisque le polémiste et éditorialiste est avant tout un admirateur de la littérature, un ami des mots, un écrivain, un romancier aussi, puisqu’il a publié trois romans avant de devenir célèbre dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché, et qu’il affectionne particulièrement le style, le classicisme et la langue française, ce que Hugo incarne parfaitement.

C’est donc à travers ses  « choses vues, choses entendues, choses sues, longtemps tues. Trop longtemps tues », que l’auteur du Suicide français (2014) a écrit ce livre, qui sont des notes parcourant les années 2006 à 2020. Autant de révélations que d’anecdotes, de moments pris sur le vif, nous racontant combien les hommes politiques de tout bord sont incultes, peu intelligents, lâches, vils, sournois, et peu prompts à sauver la France.

un livre de campagne

Les thèses de Zemmour sont connues, ou du moins, on croit les connaître : misogynie, xénophobie, islamophobie, pétainisme, racisme systémique, etc. On sait aussi, que le gauchisme culturel, craignant de perdre son magistère politique et moral, a longtemps vacillé sur son séant dès que parlait le polémiste, trouvant à peine quelques arguments à lui opposer, préférant l’affubler d’adjectif de type « sale nazi », ou multipliant les procès en sorcellerie afin de le faire taire, mais sans jamais le comprendre bien sûr. Quand par exemple Zemmour passe pour un misogyne, c’est parce qu’il diagnostique une société qui se féminise ; quand on l’accuse d’islamophobie, c’est parce qu’il dénonce une mécompréhension de l’Islam, que l’on confond avec un christianisme pour les arabes, alors qu’il faut entendre l’Islam de la Mecque et l’Islam de Médine. Quand on l’accuse de xénophobie, c’est parce qu’il dénonce un « grand remplacement », terme emprunté à l’écrivain Renaud Camus, et qui n’a rien à voir avec la race mais avec un remplacement d’une civilisation par une autre.

Bref, vous l’avez compris, si cet ouvrage se présente comme la suite du Suicide français, il peut tout à fait se lire comme un livre de campagne. Si Zemmour se déclare, comme je le pense, il sera le candidat antisystème, contre le politiquement correct, il sera le candidat qui pourfend la doxa dominante et le gauchisme culturel. Mais il sera aussi, dit-il, une sorte de sauveur de la France, du moins c’est ainsi qu’il entend se présenter, et les nombreux exemples d’hommes politiques dont il cite les confidences[1], n’ont, dans cet ouvrage, pour fonction que de faire le pendant avec ce qu’il représente et ce qu’il est : un adversaire de la décrépitude de la France, un adversaire du mondialisme et de l’européisme de Bruxelles, un contempteur de la « cancel culture » et du « wokisme », un citoyen français fier de son pays et de ses valeurs, de ses racines et de son histoire. Mais aura-t-il les moyens de réussir ?

Son but : sauver la nation française. Il écrit d’ailleurs :

« Le politiquement correct a révélé et assumé sans fard son caractère totalitaire et liberticide pour qu’il n’y ait plus de retour en arrière. Pour que les peuples, et surtout le peuple français, ne puissent plus exister en tant qu’identité d’une nation. La France était la cible privilégiée car elle a forgé historiquement le concept d’État-nation, copié depuis dans le monde entier. Pour supprimer cette « merde d’État-nation », selon le mot du communiste italien Toni Negri, il fallait détruire l’unité de la nation, et affaiblir l’État, dans une relation dialectique qui ferait tomber comme un fruit mûr et l’État et la nation. »  

la droitisation de la droite

Si Zemmour fascine tant, c’est parce qu’il est l’anti-Sarkozy. À l’inverse de l’ancien président, il ne souffre pas de ce « complexe de l’homme de droite qui n’a de cesse que d’être reconnu, adoubé, par la gauche ». S’il fascine tant, c’est qu’à l’inverse de son prédécesseur, qui a fait perdre la droite face à un président normal, qui fut sûrement le pire président de la Ve République, devant Pompidou, c’est parce qu’à l’inverse de cet « homme qui s’aimait trop », Zemmour ne fait « pas tout pour être adoubé par ses adversaires », il ne fait aucune courbette devant le politiquement correct, il ne s’improvise pas « chantre énamouré du métissage, de l’écologie, de l’Europe ». Si Monsieur le vilain petit canard fascine tant, c’est parce que les diagnostics qu’il pose sur les problématiques sociétales de cette nouvelle décennie s’imposent de fait. Les événements récents lui donnent tellement raison que ses adversaires, telle Léa Salamé elle-même, lui lançant un sourire triste, au lendemain des attaques de Charlie Hebdo, scandant un : « Charlie te donne raison sur tout ! Ça me troue le cul quand même ! »  doivent reconnaître l’échec de leur action politique des quarante dernières années, de leur pensée, de leur gauchisme idéologique, de leur prétention au multiculturalisme, de leurs idéaux de vivre-ensemble et de paix civile.

l’homme à abattre

Parce que Zemmour est devenu par ce fait un « homme à abattre », il raconte comment le même jour, le 7 janvier 2015, il apprend dans la nuit, qu’on lui impose une « protection policière », puis, quelques heures plus tard de manière concomitante, l’attentat à Charlie Hebdo, et, avec Cabu et Wolinski, parmi toutes ces victimes, cet « esprit soixante-huitard qui ne voulait pas mourir ». Mais Zemmour se souvient aussi, que tous ces libertaires furent à la fois, dans sa jeunesse, des inspirations inépuisables de rébellitude et de liberté, puis, depuis son Suicide français, ses pires contempteurs. De cette bande de joyeux lurons issus de l’esprit 68, qui « avait été une magnifique explosion d’hédonisme libertaire dans une société encore un brin compassée, derniers feux d’une rébellion rimbaldienne et surréaliste », Zemmour constate que ces garnements n’avaient ni vu le vent tourner, ni compris que leurs bourreaux seraient ces « victimes » qu’ils prétendaient défendre, car, ils n’avaient pas compris, s’obstinant à maintenir leur « anciennes ligne », qu’ils allaient se cogner  « au nouveau pouvoir des minorités (féministes, gay, antiracistes, etc.) et surtout au nouveau sacré (islam) ».

les nouvelles bigotes des  temps modernes

Homme tellement honnis, que les attachées de presse de Boualem Sansal « refusaient avec obstination de lui donner (les) coordonnées » de ce fielleux éditorialiste, ces « nouvelles dévotes », commente finement Zemmour, dont les deux hommes riront volontiers, une fois qu’ils se seront vus et appréciés.

les nouvelles peurs françaises

Pourtant, si la lecture de ce document est roborative, si le style de Zemmour est simple, et s’il jouit d’une belle plume, écrivant de très beaux passages sur la France, le quinquennat perdu de Sarkozy, les bouffonneries médiatiques, le retour du tragique dans l’histoire, etc. on ne peut s’empêcher de penser qu’il tire le signal d’alarme un peu trop tard. Lorsqu’il écrit par exemple :

« Les frères Kouachi ignoraient tout de ces complexités psychologiques et de ces références historiques[2]. En criant « Allah Akbar », ils ont vengé le prophète. Ils ont, par la même occasion, mis la dernière balle de kalachnikov dans le cercueil de Mai 68. Les libertaires hédonistes ont au nom d’un humanisme antiraciste, sourcilleux, interdit toute limitation à une immigration de culture arabo-musulmane qui est pourtant leur parfaite antithèse. Ceci a tué cela. La « parenthèse enchantée » est close. »

À en croire le polémiste, futur candidat à la présidentielle semble-t-il, les vieux briscards de la politique sont démissionnaires devant les nouvelles peurs françaises, dont celle de la probable islamisation de la France. Les deux grandes alternatives sont mortes, dit-il en substance, reprenant les propos de Régis Debray : « La gauche est morte, la République est morte. Le socialisme n’en parlons pas. » Pourtant, au-delà du constat à la fois pessimiste et, semble-t-il, juste, que pose l’ancien terroriste gauchiste, ces temps nouveaux qui donnent raison à Samuel Huntington, et son choc des civilisations, que Zemmour reprend volontiers à son compte, lorsqu’il s’agit pour lui de donner du sens aux attentats islamistes qui ensanglantent le pays depuis plusieurs années, devant ce retour du religieux dans sa pire forme, puisque ce retour est surtout celui des guerres de religions, « il faut choisir son camp », dit-il, tout en reconnaissant qu’il est « trop vieux » pour ça, que cela engagerait « des alliances contre-nature » qu’il ne peut se résoudre à accepter. « Je laisse votre génération face à ce combat. À elle de jouer », achève-t-il dans un souffle. Dont acte !

la destruction de l’identité française

On vit aujourd’hui la paralysie progressive de l’intelligence et de la pensée. Ce que la gauche culturelle honnit par-dessus tout, c’est l’identité française, elle la vomit à un tel point qu’elle est prête à tout pour la détruire et la faire disparaître. Sa méthode : détruire la beauté. Pourquoi ? Parce que la beauté est l’expression même de l’identité de la France. Exit le beau en art. Exit le chic parisien. Exit le beau dans toutes les sphères de la société.

« La démolition de l’identité française a commencé par le saccage de la beauté. Au nom du progressisme, de la modernité, de la liberté du créateur, de sa volonté de briser les anciens codes, on a méprisé le culte de la beauté au profit de l’art « conceptuel » qui privilégie avant tout le message et l’intention révolutionnaire. La beauté et la nation française subissent une même remise en question, une même dénonciation, une même contestation, celle qui court tout au long du XXe siècle. »

Des thèses prérévolutionnaires

À croire encore, avec l’absence de mise en examen de Nick Conrad, après sa chanson coupable de racisme inversé contre les blancs, que la justice est à sens unique ; avec les terroristes que la France ne peut extrader parce que la Cour internationale des droits de l’homme l’en empêche, ou encore avec les attentats islamistes cette fois, que ce sont les ennemis de la liberté qui gagnent en ce moment contre la liberté. Liberté de ton, liberté de penser, liberté d’expression, libertés chéries, mais chéries par qui et pour quoi ?

La lecture de ce document contemporain n’est pas juste saine, elle est urgente et salvatrice, et les propos de Zemmour ne sont pas justes pertinents, ils sont prérévolutionnaires. Mais a-t-on encore le droit de dire que la France de Zemmour c’est la dernière France avant l’effondrement final, le retour aux racines, tellement honnis par les ultra-gauches, c’est un essai qui vient remettre les pendules à l’heure dans un climat politique et idéologique largement dominé par le gauchisme culturel et l’islamo-gauchisme, le wokisme, le néo-féminisme (et ses délires misandres, tels ceux d’Alice Coffin dans son Génie lesbien (Grasset, 2020) et ses interventions sur les plateaux de télé avec la bénédiction des prêtres du P.A.F.). Ce livre vient répondre à une angoisse, celle de beaucoup de Français, qui voient le déclin de leur pays, et le remplacement de leur civilisation par une autre.

Toutes ces « valeurs », « les fameuses valeurs de la République qui ne sont en vérité que l’habillage de l’idéologie dominante, qui a justement déconstruit, avant de les détruire, les principes patriotiques et patriarcaux ainsi que les traditions séculaires, les venus du fond des âges et de la religion catholique, sur lesquels la République de 1914 a bâti sa victoire », écrit encore en substance, un Éric Zemmour particulièrement inspiré.

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