Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

Belfond réédite, dans un magnifique écrin, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, roman de Murakami initialement paru en 1992 et en 2002 pour la traduction française. L’occasion idéal de relire ce voyage dans les souvenirs d’un homme.

Rien que d’anodin

Hajime, le narrateur est un homme banal. Il nous raconte son existence banale, ses rencontres du même ordre. Mis à part la cousine d’une petite amie avec laquelle il vécut une courte mais mémorable histoire — pulsion sexuelle plus qu’amour —, rien de notable. Sinon cette fille, aussi normale que toutes les autres, mais peut-être spéciale pour lui, parce qu’il ne cessera de comparer ses rencontres à elle, et de ressentir comme un manque permanent.

Maintenant, c’est un père de famille, dont la fortune de son beau-père lui a donné l’opportunité de faire la seule chose qu’il voulait vraiment, dans sa vie sas éclat : ouvrir un club de jazz à Tokyo. Puis un second. Son activité est florissante, ses clubs sont des lieux à la mode, et lui peut sereinement vivre sa passion pour cette musique.

Mais un soir, une femme s’installe et plus rien n’est certain. C’est Shimamoto-san, celle qu’il n’a jamais oubliée, qui lui fait, par le seul retour de son existence dans la sienne, reconsidérer toute sa vie.

La plus belle histoire d’amour

[…] la menotte tiède d’une fille de douze ans.Mais il y avait, rangés a l’intérieur de ces cinq doigts et de cette paume comme une malette d’échantillons, tout ce que je voulais et tout ce que je devais savoir de la vie.

Qui n’a pas été hanté par un amour de jeunesse, ou simplement le grand amour, ne comprendra pas la portée de cet immense roman. Il n’y a rien qu’aucun homme n’ai pu vivre, même les descriptions sexuelle explicites du roman, mais c’est l’art de Murakami de rendre sublime et universel l’expérience d’un homme.

Avec Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil Haruki Murakami offre un roman intimiste qui relève une part de ses passions, dont le jazz, lui-même ayant tenu un club, et le titre du roman est ben partie emprunté à Nat King Cole. Sans jamais rien céder à son habitude de promener son lecteur dans un entre-monde, il laisse l’impression d’un possible aux âmes et aux cœurs perdus. La langue est fluide et profonde — encore une magistrale traduction de Corinne Atlan —, et emporte à son propre rythme le lecteur dans ce monde fait de nostalgie, où le cœur d’un homme se remet à battre. Il a soudain 12 ans, il est dans une petite ville de province, entre l’ennui et les traditions, sa vie prenant sens par la grâce de cette jeune fille particulière pour lui seul. Ce qui est suffisant pour que sa vie ait un sens.

Loïc Di Sefano

Haruki Murakami, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, traduit du Japonais pas Corinne Atlan, Belfond, novembre 2023,224 pages, 21 euros

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :