Il fera bon mourir un jour, Jean-François Jacq contre ses démons

Critique et biographe du rock français reconnu et admiré, Jean-François Jacq est un homme au parcours de vie compliqué. Victime d’un très grave accident, percuté par un chauffard alors qu’il marchait tranquillement sur un trottoir, il est contraint à l’inactivité. C’est le moment propice pour l’introspection, d’où naîtra Avec Il fera bon mourir un jour. Si le projet de se dire et de se comprendre, c’est avec ce nouveau volet de ses récits autobiographiques qu’il ose se confronter au sources mêmes de ses démons, qu’il combat avec une force admirable.

En un long combat

L’enfant de Jean-François Jacq est d’abord, et avant tout, souffrances. D’abandon en internement, son parcours est marqué par l’absence des parents, quasi totale. L’absence d’affection, de considération même. Il faut qu’il aille inventer en dedans la force qu’on ne lui donne pas. Et, forcément, ce n’est pas sans dégâts. Tout comme les institutions qui le recueillent, la rue qu’il apprivoise faute de mieux. Est-ce la raison de sa passion du rock, cette musique d’abord éruptive et défouloir ?

Et fallait-il l’accident qui l’a un temps cloué sur un fauteuil roulant, et qui l’oblige depuis à marcher avec une canne, pour qu’il sente la mort si proche et s’engage dans un tel projet, de faire le net avec ce qu’il a été, ce qu’il doit à ses parents comme souffrances presque constitutives de ce qu’il est ?

La littérature contre la mort

Par sa prose âpre et exigeante, poétique, il contraint le lecteur à poursuivre cet exercice de lucidité d’un homme qui se construit malgré toutes les forces qui pousse contre, car la beauté des mots n’amenuisent en rien leur violence. Le titre porte en lui ce double sens, de repousser le moment de la mort au plus loin, et de l’accueillir aussi avec cet espoir d’une délivrance. Pour enfin échapper à l’emprise mentale oppressante que constitue encore pour lui l’enfance qu’il a vécue.

C’est comme si j’étais revenu d’un camp de concentration. Ecoute. Une vie amputée de son enfance. Une errance initiée à l’âge de treize ans. Une adolescence à feu et à sang. Le récit, au plus près, peau contre mot, de mes multiples morts.

Il fera bon, un jour, de trouver la paix, et faire la paix avec son enfance. C’est ce à quoi s’évertue ici Jean-François Jacq. Dans ce combat contre le monde, contre lui-même. Contre son propre corps aussi, allié fragile, source de l’érotisme latent du texte et qui parfois est en désaccord avec l’esprit. Si l fera bon mourir un jour, vous a ému et fait découvrir le parcours et le talent d’un homme d’exception, d’un modèle de force et de courage de donner un sens vrai à la résolution de vivre, lisez Fragments d’un amour suprême, sa suite chronologique.

Loïc Di Stefano

Jean-François Jacq, Il fera bon mourir un jour, Ardavena, août 2023, 202 pages, 13,99 euros

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