Les femmes et la révolution, quand les femmes prennent la parole

La Révolution fut-elle féministe ?


Auteur d’une biographie de Barras (Perrin, 2016) et de La Première République (Perrin, 2014), Christine Le Bozec est une historienne spécialiste de la Révolution qui a enseigné à l’université de Rouen. Elle publie ici chez un nouvel éditeur, Passés Composés, un essai intitulé Les Femmes et la Révolution, qui se propose de revenir sur la relation complexe entre le phénomène révolutionnaire et le monde des femmes. La Révolution a-t-elle concrètement fait avancer la cause des femmes ?

Quelques mythes


Christine Le Bozec se propose ici de revenir sur quelques mythes historiographiques, en particulier sur les femmes avant 1789, supposés être plus libres. Si effectivement des femmes de la haute noblesse tiennent des salons en vue (on pense à celui de madame du Defand), si une femme comme Elizabeth Vigée Le Brun réussit à s’imposer comme peintre (grâce au soutien de la Cour), la société française reste à la veille de la Révolution éminemment patriarcale, donnant peu de droits réels au sexe dit « faible ». Même parmi les philosophes, on reste dans un entre-soi masculin peu enclin à reconnaître des droits aux femmes. Un homme comme Poullain de la Barre, ancien prêtre converti au protestantisme, pionnier des droits des femmes, reste une exception. Quant à l’éducation et l’alphabétisation qui se développent, surtout en milieu urbain, tout au long du XVIIIe siècle, elles touchent les femmes mais moins que les hommes.

La participation des femmes à la Révolution


Olympe de Gouges est le symbole féminin de la Révolution. On ne doit pas, si on suit ce livre, oublier cependant toute la foule féminine qui se manifeste lors des journées révolutionnaires de 1789, 1792 et 1793, d’ailleurs pour le meilleur et pour le pire. S’il n’est pas question d’aborder le suffrage aux femmes, leurs droits sont débattus à la Convention, particulièrement sur les questions d’éducation. Les femmes assistent au séances et rappelons aussi que le divorce est voté dans ces années-là. Elles prennent aussi la parole, portent des revendications. Cependant, si on suit Christine Le Bozec, ce moment dure jusqu’à la fin de la Convention. Après, le directoire et le consulat procèdent à un rétablissement de la « prééminence masculine », consacré par le code civil napoléonien et entériné ensuite par la Restauration.

L’analyse, assez roborative, correspond cependant aux dernières avancées de la recherche historique. Excellent essai.

Sylvain Bonnet


Christine Le Bozec, Les Femmes et la Révolution, Passés composés, avril 2019, 220 pages, 19 eur

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