Luca, le retour de Franck Sharko

En même temps que se ferme le légendaire 36 et que la police parisienne prend place dans ses nouveaux locaux, une affaire liée aux biotechnologies va secouer Franck Sharko et son équipe. Quel plaisir de retrouver le héros récurent des romans de Franck Thilliez, aussi solide d’aspect que fragile. Et surtout de le voir affronter un monde qu’il ne reconnaît plus ! Franck Thilliez lance son héros dans Luca, une histoire où tout va s’opposer à la vision du monde d’un vieux flic à l’ancienne.

Un corps rendu anonyme par l’acide est retrouvé au fond d’une fosse en forêt. Sur son bras, la date et l’heure précise à laquelle un homme se présente au siège de la police, remet une lettre et meurt subitement, victime de son pacemaker (1). A partir de ces deux éléments, qu’il faudra un certain temps pour lier entre eux, une machination infernale va plonger l’équipe de Sharko dans les sous-sol de l’humanité, où le SM le plus hard fait office de jeu pour fillettes… où l’eugénisme est le règne… où l’homme 2.0 est déjà une réalité. Et bien plus, il est question de biohacking, de puce RFID implantée sous la peau et servant de clé…

Dans le même temps, la pluie incessante transforme les paysages, et les rivières débordent en une crue historique, comme si la nature manifestait son mécontentement !

« — Et le môme ? […] on a oublié de s’intéresser à lui, alors qu’il est visiblement au cœur de toute cette histoire. »

Si Luca commence par l’histoire d’un couple qui cherche à acheter le ventre d’une mère porteuse, bien vite on oublie ce qui semble un épiphénomène. C’est la magie de Franck Thilliez qui nous embarque loin, très loin, pour finalement ne faire qu’un certain nombre de grands cercles pour revenir sur ces pas, sur ce qui était sous nos yeux depuis le début.

La maîtrise de Thilliez pour donner à comprendre des éléments scientifiques très complexes est impressionnante (on parle aussi bien de pacemaker high tech, de transhumanisme, de modification du génome humain au moyen de la technique crispr-cas9, d’implants divers et variés…). Toute semble évident, et tous les éléments s’enchâssent parfaitement et concourent au développement de l’intrigue. C’est d’ailleurs un choc pour Sharko, qui incarne le monde ancien confronté au monde qui change si vite, et qui avoue être dépassé par tout ce que nous allons apprendre en même temps que lui.

Luca est un roman vraiment jouissif, qui crée une certaine oppression chez le lecteur tout en évitant la surcharge de glauque ou de gore. Si bien que le lecteur se recrée les cauchemars tout seul…

Ce qu’il y a de terrible, c’est que le monde qui effraie Franck Thilliez et son personnage Sharko est déjà notre présent. Alors cette enquête devient aussi un cri d’alarme contre la déshumanisation qui vient, contre le virtuel des réseaux sociaux transformé en cirque. Et Thilliez montre encore une fois qu’il est capable de nous emporter bien loin de nos certitudes et de nous faire vivre un grand moment de lecture à la poursuite d’un tueur polymorphe qui n’est peut-être que l’annonce de notre futur… glaçant !

Loïc Di Stefano

Franck Thilliez, Luca, Fleuve édition, mai 2019, 550 pages, 22,90 eur

(1) Cet argument a déjà été utilisé par Frédéric Mars dans Les Marcheurs. Souvenir de lecture inconscient ?

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