Le bon sens de Michel Bernard, le procès du procès de Jeanne d’Arc

Et revoilà Jeanne d’Arc ! Après des milliers d’ouvrages écrits sur elle, sans compter le cinéma, elle avait réussi à se faire un peu oublier quelque temps. Mais cela n’a pas duré. Elle nous revient, telle qu’en elle-même, dans Le Bon sens, sous la plume avisée de Michel Bernard, grand connaisseur de l’Histoire de France. Son livre précédent, Le Bon Cœur, fut couronné de multiples prix, signe que l’auteur ne s’embarque pas sans munitions dans la France moyenâgeuse. 

Du procès des juges de Jeanne d’Arc

Avec Le Bon sens, Michel Bernard fait toutefois œuvre originale. Car ce n’est pas du tout le procès de Jeanne d’Arc, qu’il raconte, procès qui l’a conduite à être brûlée vive à Rouen, mais le procès de ses juges. De l’infâme évêque Cauchon, à la solde de Anglais, d’un tribunal qui ne lui a permis aucune défense, et d’une accusation de sorcellerie et d’hérésie, qui ne déshonore que ses auteurs. 

Ainsi l’a voulu le roi Charles VII, qui est en fait le personnage principal de ce livre, en ordonnant ce procès en réparation, presque vingt ans après la mort de la Pucelle, c’est-à-dire en 1449. Mais que d’obstacles pour y parvenir ! La raison d’état, la puissance de l’église, jamais prompte à se déjuger, la difficulté de trouver les textes et les jugements authentiques, la destruction inattendue de certaines archives, tout se ligue pour empêcher de rétablir Jeanne d’Arc dans son honneur et dans sa foi. Une poignée d’hommes très déterminés y arrivera cependant. Et c’est sur la place du Vieux Marché de Rouen, lieu célèbre du bûcher, que fut solennellement et officiellement prononcée l’annulation de la condamnation de Jeanne d’Arc. 

Michel Bernard se promène dans le XVe siècle comme dans un jardin dont il connait chaque fleur. Grâce à lui on croise François Villon, le peintre Jean Fouquet, le connétable Talbot, le chef de guerre Dunois, les artilleurs Bureau, Charles d’Orléans… Et surtout la belle Agnès Sorel, favorite du roi, le temps de lui donner trois filles et de mourir à 24 ans en accouchant de la quatrième. L’une de ses descendantes sera à son tour « maitresse royale » sous le nom de Diane de Poitiers….

une belle leçon d’histoire

Enfin, Le Bon sens nous livre un portrait de ce roi mal connu, voire sous-estimé comme étant le « Roi de Bourges ». Charles VII, mit fin à la Guerre de Cent Ans et unifia pour partie ce qui devint la France moderne. Grand coureur de jupons et pourtant solitaire, patient, habile, voire rusé comme le fut son fils Louis XI, calculateur et capable de pardon, il apparait ici sous les traits d’une personnalité complexe. Sans doute, lui aussi méritait une sorte de procès en révision. 

Le Bon sens est livré au lecteur comme un roman, et ce récit, en effet, ne manque pas de romanesque. Mais c’est surtout une belle leçon d’histoire. 

Didier Ters

Michel Bernard, Le Bon sens, La Table Ronde, janvier 2020, 190 pages, 20 eur 

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