La République assassinée, le récit d’un désastre politique

Une de nos meilleures historiennes

L’historiographie de Vichy doit beaucoup à Michèle Cointet à qui on doit des ouvrages magistraux comme Vichy capitale 1940-1945 (Perrin, 1993), L’église sous Vichy (Perrin, 1998), Pétain et les français (Perrin, 2002) ou encore Nouvelle histoire de Vichy (Fayard, 2011). Avec La République assassinée, elle revient sur ces évènements qui, entre mars et juillet 1940, ont amené à la fin de la IIIe République.

Un président du conseil perdu au milieu des intrigues

Hugo Coniez a récemment publié un ouvrage sur le même sujet. Lui et Michèle Cointet pointent dans la même direction : Paul Reynaud. Devenu président du conseil en mars 1940, Reynaud a été un des meilleurs députés des années trente, un des plus lucides face à la montée du danger hitlérien. Pour autant, il ne se montre pas à la mesure des évènements. Investi à une courte majorité, son pouvoir manque d’une certaine assise. Il ne sait pas en tout cas prendre les bonnes décisions, comme par exemple remplacer Gamelin. Surtout il souffre de son entourage. Mettons de côté le cas d’Hélène Portes, sa maîtresse, il suffit juste de noter que les hommes qu’il choisit vont bientôt tous les trahir : Paul Baudoin, Yves Bouthillier, Weygand. D’autres comme le lieutenant-colonel de Villelume, sont des défaitistes. Enfin, Reynaud perd son temps dans des intrigues parlementaires visant à se débarrasser de Daladier tandis que les allemands avancent où à répondre au très cauteleux Camille Chautemps. Et puis il y a ce choix désastreux de Pétain… La défaite de 1940, c’est le récit de l’effondrement de la classe politique française en général et de celui de Paul Reynaud en particulier. Et Albert Lebrun, ce président tellement choqué par la défaite qu’il demeure immobile, facilement manipulable…

Le poids des circonstances

Reste que ces hommes ont affronté la pire défaite de l’histoire française face à un ennemi sûr de lui. Sans compter le choc de Mers-El Kébir. De plus, ces politiques sortent de la décennie 1930 et de ses déchirements, entre février 1934 et Front Populaire. Laval est celui qui a eu une revanche à prendre, un peu d’ailleurs comme d’autres qui vont choisir l’armistice et le gouvernement de Vichy (songeons à Alibert dont l’itinéraire est très bien résumé par Michèle Cointet). La République tombe alors lors du vote de l’assemblée le 10 juillet, une assemblée que Laval a travaillé au corps… avec justesse, notre historienne note que cet effondrement a eu une influence directe dans l’élaboration de la constitution de la Ve République.

Éclairant.

Sylvain Bonnet

Michèle Cointet, La République assassinée, Bouquins, janvier 2024, 336 pages, 21 euros

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