Harlem, découvrez une reine du crime

Vous aimez le New York des années 30, l’ambiance de la prohibition et du jazz ? Vous devriez aimer Harlem, le dernier opus en deux tomes de Mikaël, l’auteur franco-canadien qui a déjà réalisé deux séries dont la scène est toujours la même cité. Cette fois-ci, il se base sur une histoire authentique.  

Ma « petite loterie » comme vous dites emploie des dizaines de harlémites et finance de nombreux projets et associations… mais aujourd’hui, mes affaires sont menacées et tout le quartier avec !

Une femme au sommet

New York 1931, le crash boursier a laissé de profondes blessures dans cette ville bouillonnante qui cherche à tout prix à se reconstruire et tandis que la population cherche à survivre. Une femme a, plus que tout autre homme, réussi à s’affranchir des règles. Stéphanie St Clair, originaire de Martinique, n’avait qu’un baluchon en poche à son arrivée et a réussi à monter un empire. Dans le quartier de Harlem où les blancs viennent s’encanailler le soir venu, les noirs, les métis vivent au son de la diva. Elle est surnommée « Queenie », cette femme est respectée de tous et tient d’une main d’acier une poignée de petits vendeurs de bulletins de loterie illégale. Femme estimée car non seulement elle s’enrichit mais sait redistribuer pour améliorer le quotidien de son prochain.  

Mais ce territoire est convoité. La pègre italienne s’installe et veut sa part du gâteau, la confrontation ne fait que commencer. Dutch Schultz, alias le « baron de la bière », prépare le terrain en prévision de la fin de la prohibition. Queenie, cette femme élégante mais déterminée, va-t-elle se laisser faire ?    

Un dessinateur à son meilleur

Dans ses deux précédentes séries, Mikaël a approché New York (Giant & Bootblack) sous les traits de personnes simples qui se surpassent ou à qui arrivent de folles aventures. La noirceur et la violence sont toujours omniprésentes, comme l’histoire de la ville le démontre. Pour Harlem, Mikaël exploite l’histoire authentique de cette femme hors normes qui est devenue une chef de gang et a dirigé des entreprises criminelles florissantes. Parmi les grands noms de la criminalité américaine, elle prouve sa ténacité mais surtout c’est l’une des rares à ne pas avoir été assassinée.

Plusieurs livres racontent sa vie et son parcours. Citons Madame St Clair, Reine de Harlem de Raphaël Confiant et récemment le roman graphique Queenie dessiné par Elizabeth Colomba.  

L’univers de Mikaël est toujours intact et on aime particulièrement la tonalité des couleurs qu’il utilise pour générer une ambiance vintage : le vert de gris, terre de sienne, ocre ou encore olive, toutes ces nuances se marient à la perfection. Le découpage en mode reportage nous implique immédiatement dans le récit et nous fait aimer cette Queenie à la fois sulfureuse et déterminée. On navigue avec plaisir dans l’histoire avec un New York des années 30 parfaitement reconstitué autant pour les bâtiments, véhicules et vêtements. La construction de l’histoire est rythmée non pas au son des coups de feu mais du jazz.      

Xavier de La Verrie  

Mikaël, Harlem, Dargaud, janvier 2022, 64 pages, 14,50 eur

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