Je marcherai d’un coeur parfait, vie et mort des moines de Tibhirine

Après le très beau Mourir n’est pas de mise consacré à la dernière partie de la vie de Jacques Brel (Prix Georges Brassens 2018), David Hennebelle revient avec Je Marcherai d’un coeur parfait, consacré à Notre-Dame de l’Atlas et aux moine de Tibhirine. Il passe ainsi de l’isolement volontaire d’un homme qui cherche la paix à l’isolement d’hommes qui cherchent la paix. Ces hommes que le monde découvrit par leur mort et dont les têtes coupées furent retrouvées le 30 mai 1996.

Les moines en étaient certains : toutes les louanges des hommes faisaient s’approcher Dieu.

Un lieu de Paix et d’Amour

Je Marcherai d’un coeur parfait est le récit d’une construction, double. Celle du lieu, celle des hommes. Mais une seule forcément l’ensemble, la bonté de l’Esprit Sain.

L’établissement dans une région si belle et pauvre, loin des agitations, est pourtant une évidence : le lieu est si beau qu’il portera la foi. Pourtant David Hennebelle ne manque pas d’inscrire Notre-Dame de l’Atlas dans l’évolution politique algérienne. D’abord colonie prospère, puis en guerre contre la tutelle de la France, l’Algérie devient le lieu des luttes intestines entre les militaires et les islamises. Et toujours, les moines iront au contact des hommes, de tous les hommes, pour apporter la paix, les soins, l’entr’aide agricole.

Dans l’occupation du lieu, la contemplation du paysage et de la statue de la Vierge qui domine le domaine, les moines sont toujours dans un don absolu d’eux-mêmes. Même si la communauté est très restreinte et isolée, il en émane une puissance, celle de la conviction de la beauté du don.

Des âmes chrétiennes en terre d’Islam

Si nous partons, nous prenons le risque de ne pas pouvoir revenir. Cela reviendrait à abandonner tous nos amis et voisins musulmans.

Ce qui rend d’autant plus douloureuse leur sacrifice, c’est que la vie des moines n’était tournée que vers l’autre. Et ils montrent dans leurs écrits combien ils étaient attachés à cette terre d’Algérie. Et aux hommes qui la peuplent. Si bien qu’ils avaient un dispensaire pour les soigner, qu’ils avaient des discussions sur la foi et avaient même appris l’arabe. ils partageait leurs connaissances en agronomie et irriguait les champs.

Mais la folie politique a eu raison de leur bonté. Et leur décision de rester sera saluée par la population qui viendra en nombre se recueillir.

L’écriture de David Hennebelle est dense et lente. Si bellement imagée et toujours juste. Poétique. Elle porte cette lumière qu’on imagine propre au long voyage vers les Cieux de ces hommes de foi. Je marcherai d’un coeur parfait est sobre et ne juge pas. Mais romancée, cette aventure de quelques hommes dans les bouleversements du monde, dans la violence et la mort, force le respect.

Loïc Di Stefano

David Hennebelle, Je marcherai d’un coeur parfait, Autrement, mars 2020, 181 pages, 16,90 eur

Dans le même esprit, il faut revoir le beau film de Xavier Beauvois Des Hommes et des Dieux

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