Romans sur le monde inhumain de l’entreprise

Marge Brute de Laurent Quintreau

Et si l’enfer n’était plus dans l’au-delà mais dans l’état-major d’une multinationale ? Onze cadres prennent la parole autour d’une table lors d’un sacro-saint comité de direction. Onze voix composent ce roman à la manière des cercles de l’Enfer de Dante. Il y est question de dividendes, de restructuration et de licenciements. Mais aussi de l’intimité la plus triviale, des désirs les plus inavouables. Entre le quotidien minuté de la cadre mère de famille et l’hyper-violence autodestructrice de l’ex-chef d’entreprise, entre le cynisme dépravé du jeune branché et le désespoir glacé de la directrice du personnel, entre la perversion froide de la femme de pouvoir et les fantasmes libidineux du bellâtre bureaucrate, un seul point commun : chacun, du fond de sa frustration et même de sa folie, est en guerre contre tous les autres. Au centre de cette Divine Comédie, tel une sorte de Lucifer boursier, trône Rorty, le président, « nettoyeur aux mains propres, serial-killer au regard d’azur ». Marge brute est une charge hilarante et cruelle contre la jungle du business et ses névroses.

Laurent Quintreau, Marge brute, 10/18, mai 2008 (Denoël, 2006), épuisé mais pas en bibliothèque

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couverture de l’édition collector

La crise du recrutement — Le Couperet de Donald Westlake

ll n’est pas un seul PDG qui n’ait commenté publiquement la vague de compressions de personnel qui balaie l’Amérique sans l’expliquer par une variation sur la même idée : « la fin justifie les moyens. »
Burke Devore, cadre supérieur au chômage, décide d’appliquer la méthode dans son propre intérêt. Déterminé à retrouver son statut social et à recréer des liens familiaux qui se désagrègent, il bascule dans la logique absurde de la loi du plus fort. Il est prêt à tout, même à tuer, pour retrouver sa place dans la société. Et qu’on ne s’avise pas de lui demander des comptes car il ne fait qu’appliquer la logique du système !
Avec ce récit, Donald Westlake, célèbre pour son humour, change de registre. Ni pamphlet, ni ouvrage rhétorique, ce roman, d’une grande noirceur, décrit de façon implacable et déroutante le poids du couperet de l’ultra-libéralisme et les conséquences terrifiantes pour ses victimes.
L’auteur met tout son talent au service d’une fiction qui démonte les mécanismes cruels de l’individualisme. (Claude Mesplède)

Le Couperet a été adapté au cinéma par Costa Gavras en 2005 avec José Garcia

Donald Westlake, Le Couperet, traduit de l’anglais par Mona de Pracontal, Rivage, édition collector novembre 2014, 352 pages, 10 eur

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